3300km
5 crevaisons
Jour 44

Nous faisons maintenant des kilomètres en sens inverse, de Orlando vers Montréal à une vitesse fulgurante. Le vélo dans les soutes, assis au hublot (un rien rêveur) l’aventure cycliste une fois de plus se termine. Le rythme de vie souple et haletant à la fois, l’effort physique, le grand air, les découvertes incessantes et la roulotte sur deux roues font plus que jamais partie de notre vie et nourrissent bien sûr de nouveaux défis cyclosportifs! Dans la carlingue aseptisée de notre 737, nostalgiques d’une vie qui ne sera plus nôtre pour un certain temps, nous nous faisons une liste d’incontournables habitudes qui, en milieu urbain, nous reconnecterons momentanément avec cette réalité que nous quittons.

  1. Remplir nos gourdes d’eau au McDo du coin. Y mettre de la limonade quand personne ne nous espionne.
  2. Faire une toilette complète à l’aide d’une seule serviette jetable Pampers.
  3. Manger un lunch aux sardines en boîte dans l’entrée d’un supermarché quelconque (assis par terre, évidemment).
  4. Faire une brassée à la buanderie en bédaine/pieds nus faute de vêtements de rechange.
  5. Manger du gruau Quaker le matin. Trente jours d’affilés.
  6. welcomeflorida.jpg
    Bienvenue en Floride!

  7. Revenir à un rythme de sommeil plus “naturel”: couché avec le soleil, levé à 6h30.
  8. Garder un oeil sur l’actualité internationale par l’entremise de couvertures de magasines situés devant les caisses des supermarchés. Britney Spears, quelle mauvaise mère!
  9. Organiser toute sa garde-robe dans des sacs Ziplock pour les préserver de la pluie.
  10. Perdre son déjeuner à des ratons-laveurs durant la nuit, trois fois d’affilées (régime minceur pour les intéressés)!
  11. Se retenir d’aller pisser la nuit de peur de se faire attaquer par des moustiques enragés.
  12. Faire tenir toutes ses possessions personnels dans l’équivalent de 4 sacs d’épicerie (oui oui, c’est pas bien gros nos sacoches de vélo).

disney.jpg
Aux portes de Walt Disney


Déjà le métro, boulot, dodo qui reprend avec comme seule ligne visible de notre virée à vélo notre bronzage inégal et nos cuisses gonflées au gruau (voir point 5 ci-haut). Derrière nos écrans d’ordinateur nous formenterons la prochaine rebellion contre la routine, chercherons prétexte à vivre de nouvelles aventures à deux-roues. Faute d’avoir pu vous transporter dans nos sacoches (on est fort, mais il y a des limites), nous espérons vous avoir partagé un brin de notre folle aventure, au quel vous avez fait suite de coups de pouces virtuelles et d’encouragements des plus appréciés!

Après une longue journée de vélo, 5 à 6 heures en selle, 120 à 150 kilomètres dans les jambes, la question du logis se pose. Nombreuses de nos rencontres firent suite à ce porte à porte de fin de journée, hebergés sur la propriété de sympathiques locaux.

eglise-pignon.JPG
Derrière une église en Caroline du Sud

Les jours ne se ressemblant pas, d’autres possibilités sont toujours à envisager - il est souvent étonnant de remarquer le haut taux d’absentéisme d’hôtes possibles durant notre recherche de logis, ou la disparition diabolique des sonnettes.

Centrales à toutes les communautés, du Nord comme du Sud, plus fréquentes que les McDo ou les BurgerKing, ou même les stations services, les églises, qui comptent une pléiade de factions (protestantes, Baptistes, évangeliques du 7e jours, témoins de jeovah, free will Church etc.) nous offrent un logis de premier choix. Pour notre plus grand confort, ces lieux saints ont l’eau courante, toilettes et douches, et tables de pique-nique - plus joyeux que de manger sur le plancher des vaches. En plus de ces avantages comparatifs, quel pasteur pourrait nous refuser une telle hospitalité?

eglisepo.jpg
Souper devant la van épiscopale…

Par ces visites fréquentes (et pieuses), nous reconnaissons l’importance que ces églises ont par ici, et la vivacité dont elles font preuve. Ces complexes (car il s’agit souvent d’une église, d’une salle communautaire adjacente, d’un certain terrain et de vans pour excursions), en très bon état, comptent donc sur une communauté dynamique de jeunes et de moins jeunes. Ici, tout le monde semble avoir le numéro de téléphone du pasteur du coin sur «speed dial» quand nous voulons leur approbation pour planter la tente! Plusieurs fidèles à la «Ned Flanders» nous ont bien fait rire par leur gentillesse et leur bonhommie.

eglise-tente.JPG
Tente derrière une église baptiste de Long Island

En plus des “vieux”, les jeunes s’y retrouvent aussi en grand nombre, l’église locale étant souvent un point de rencontre, en rase campagne, pour toutes sortes d’activités sportives, films, soupers et autres. On s’y joindrait volontiers si nous n’avions pas les milles bornes de vélo dans les jambes! Et évidemment, au petit matin, n’est-il pas opportun de se laisser sur un “God bless you” ou un “I’ll pray for you”?

Allez, on le prend volontiers, et on poursuit notre route!

Charleston (SC)
Jour 33
2513 km
4 crevaisons

Conversation type avec les gens que l’on rencontre sur la route, au supermarché, au restaurant:

- Wow, vous êtes débiles de faire du vélo à une chaleur pareille les gars! Il doit bien faire 40 degrés dehors!

- Ouais, on s’y fait. (pas vraiment mais on aime se donner des airs de durs à cuire)

- Vous allez ou comme ça?

- En Floride.

Regard incrédule. Yeux ronds.

- En Floride? A vélo? No way! C’est bien à plus de 1000 km d’ici.

On sourit. On attend la prochaine question. C’est toujours la même :

- Et vous venez d’où avec vos vélos?

- Du Canada. (plus la peine de mentionner Montréal à ce point-ci, les gens ont déjà assez de difficulté à localiser le Canada)

- du Canada? Vous voulez dire un village dans le coin qui s’appelle Canada. Pas le Canada tout au Nord?!

img_3826.JPG
Tente et velo sur le bord de la mer

De l’admiration, les gens nous jugent maintenant avec beaucoup d’incompréhension.

- Vous le faites pour une cause? Pour amasser des fonds? Il n’y a pas d’autos au Canada? Qui prendrait six semaines de vacances pour faire du vélo à une telle chaleur quand on peut rester écrasé à la maison à écouter Oprah à l’air climatisé?!

img_3834.JPG
Ludo dans les nuages

Il faut dire que les choses se sont corsées depuis quelques jours. La chaleur et l’humidité sont si intenses que la crème solaire n’arrive plus a pénétrer nos peaux. Elle coule le long de nos bras en laissant de longues trainées blanchâtres. Nos lunettes s’embuent dès que nous nous arrêtons et nous arrivons difficilement à boire assez pour rester bien hydratés.

Nous n’avons croisé aucun cycliste depuis la Virginie et le cyclo-touriste passe pour un extra-terrestre dans cet univers de pick-ups climatisés. Encore que le cyclisme dans le sud des Etats-Unis inspire tout de même un peu plus de respect depuis qu’un certain Texan a remporté sept Tour de France…

***

img_3852.JPG
Il n’y a rien comme un melon bien frais pour finir la journée

De Charleston, la route nous mènera encore et toujours vers le sud direction le Géorgie. Nous suivrons la côte pour passer par Savanah (capitale de la Géorgie) jusqu’à Jacksonville en Floride. La destination finale est Orlando. Nous avons maintenant atteint un bon rythme de croisière avec des journées entre 120 et 150 kilomètres. Sauf pépin majeur, nous devrions arriver a destination d’ici une semaine.

Portsmouth
1700 km
89h de vélo
2 crevaisons (et un nouveau tube de cadre;)
jour 25

Depuis notre dernière entrée à New York, nous avons cumulé plus de 1000 kilomètres et avons franchi la ligne imaginaire, quoique bien réel, qui sépare le Nord du Sud des Etats-Unis. Après avoir été initiés a l’esprit révolutionnaire et indépendantiste dont l’histoire de la région de Boston regorge, c’est au tour de Washington d’en rajouter à ces ideaux historiques d’indépendance et de liberté et de nous guider sur les chemins d’autres grands debats idéologiques tel l’incontournable guerre civile americaine. Nous circulons donc depuis quelques temps à travers d’anciens champs de bataille et lieu de manoeuvres historiques tant de la guerre d’indépendance que de la guerre de sécession.

02.jpg
Une bonne rasade de thé glacé pour rester hydraté

De Washington, nous poursuivons notre route vers la côte de la Virgine, état qui célèbre ces 400 ans de fondations en ce moment, pour ensuite continuer vers le Sud, comme il se doit. Arrêt forcé à Portsmouth près de Norfolk, port de la flotte de la US Navy: l’inattendu nous guette toujours. Bris mécanique, la rupture de mon cadre ne se répare pas avec de la ficelle ou de la “crazy glue”; on fait donc appel a un spécialiste qui, comble du bonheur (dans les circonstances) se trouve sur notre route, direction la Floride. Le magicien joue du fer a souder, on espère qu’il fera vite et bien. Pour passer le temps, visites et autres. On se rend compte que les militaires, tout comme les étudiants, les personnes de l’age d’or ou les enfants, ont droit au tarif réduit un peu partout. Nous avons rajouté a cette liste le “cycliste qui traverse les Etat-Unis”: ça aussi, depuis hier soir, ça donne droit a un tarif réduit au cinéma!

05.jpg
Sur une route de campagne en Virginie

En progressant à travers le Sud des Etats-Unis, nous aiguisons peu à peu nos oreilles, tout en restant pantois devant les moeurs différentes. Oui, il faut vraiment prêter l’oreille ici, d’autant plus, en général quand il s’agit de noirs que de blancs (ça y est, on en parle, c’est parti!). Des mots et réflexions impossibles: ne fusse que de demander des directions routières peut etre laborieux. Et puis, les gens nous lancent, des “How yu doin, son?” ou des “What is goin on fellas?” auquels ça a pris un certain temps pour savoir quoi y repondre. Souvent, relancer la meme expression dans le sens inverse est suffisant. Question pour question, on clos la conversation, qui n’a jamais debutée de toute façon. Peut-être que “Hi there” serait plus simple et direct, mais bon, une fois au diapason, on s’en sort quand même et on baigne dans les variations régionales.

06.jpg
Réveil matinal brumeux

La chaleur est maintenant totalement débile, l’humidité aussi: on crame litteralement au soleil, on passe des litres d’eau à une rapidité phénoménale (et des crèmes glacées aussi, à la guerre comme à la guerre). Dans le cas où la chaleur nous accable, continuer de pedaler est bien la seule facon de s’accorder un peu de vent. Au pays du fast-food et du drive-thru, plus besoin de s’arrêter pour faire un retrait bancaire. Après Burger King, McDo et autres (qui sont considérés ici comme des “vrai restaurants”, les faux étant les petits “dinners” du coin: non mais, on ne rit plus ici avec la fine cuisine!), les banques locales nous permettent de rester à vélo en toute circonstance, drive-thru oblige. Ça doit renforcer en outre l’attachement à la voiture, aux pick-ups monstreux et autres engins diformes et sur-dimensionnés qui sévissent ici. Les VR et maisons mobiles qui frôlent le déménagement complet et totale des (grosses) familles vacancières sont aussi impressionnants, surtout quand il s’agit de planter sa tente au milieu de la nature, entre deux de ces appartements mobiles et d’entendre leurs climatisateurs se fondrent avec le bruit des oiseaux et criquets: douce musique pour bercer nos nuits (insomniaques).

07.jpg

En règle générale, et valable pour tous (Americains du Sud, évidemment), il faut toujours laisser le moteur du vehicule tourner, que ce soit pour faire un arrêt au fast-food, ou au dépanneur: on ne sait jamais, le moteur pourrait refroidir entre temps et peut-etre ne pas redémarrer! Et comme la chaleur ne suffit pas, le froid nous tourmante itou. Aussi fou que ça puisse sembler, la clim tourne a fond partout, et nous frôlons la pneumonie à chaque épicerie!

19h15. Il pleut à boire debout. Nous sommes arrêtés sous le porche d’une station-service désaffectée en Virginie, pris par surprise par un orage d’une rare intensité. La journée a été particulièrement exténuante : boulevards commerciaux achalandés, routes aux vallons accordéons, le tout sous une chaleur tropicale. Et nous voila maintenant piègés par l’orage à moins d’une heure du couché du soleil avec nul part où loger. Il y a de ces journées…

01.jpg
Rien de mieux qu’un sandwich à la crème glacée pour les fringales d’après-midi

Profitant d’une courte accalmie, nous remontons sur nos vélos avec l’intention de demander l’hospitalité au premier venu. L’heureux élu s’appelle Harold, il est plombier et possède une grande cour derrière la maison pour que nous puissions monter la tente. Il a un accent du sud fort prononcé et nous ne comprenons pas tout. Mais sa poignée de main vigoureuse semble indiquer qu’il n’y a pas de problème à ce que l’on passe la nuit.

03.jpg
En route sur le vélo!

Le campement est donc rapidement monté et on se lance dans la préparation du souper avant que l’orage ne revienne. Malheureusement, avant même que l’eau des pâtes ne bouille, l’orage gronde a nouveau et les éclairs lézardent le ciel. Nous devons nous résoudre a nous réfugier dans la tente le ventre vide. Dans notre précipitation, nous n’avons pas fait attention a l’emplacement de la tente. Erreur de débutant : la tente est montée dans un creux de terrain et l’inondation est inévitable.

C’est souvent dans ces moments difficiles que notre bonne étoile brille. De fait, notre hôte brave la pluie pour venir nous inviter a trouver refuge au sec a l’intérieur. S’en suivent les présentations avec la famille et un bon repas bien gras autour de la table. Nous sommes un peu gênés par tant d’attention mais comment refuser une bonne bière froide et une douche après une telle journée?

04.jpg
Photo de famille chez nos hôtes

L’orage n’ayant pas épargné les pylônes électriques, la soirée s’achève à la chandelle. C’est repus et soulagés que nous nous endormons ce soir. Le lendemain sur nos vélos, nous songerons a l’infime probabilité de passer une soirée à la table d’un plombier de Virginie. L’aventure à deux roues nous fait voyager autrement.

Jour 14 - New York
850 km - 44,45 heures de velo - 1 crevaison

De Boston à New York, il n’est qu’une grande banlieue, entrecoupée ça et là de quelques riches villégiature. Le Rhode Island et la pointe du Long Island nous offrirent des bords de mers ravissants, nos premières plages du voyage et des déluges qui surprennent encore. Le reste par contre tient du stationnement et de la station-service.

img_3647.JPG
Réparation d’une crevaison sur le bord de la route

Le rythme nomade est maintenant pleinement embrassé d’autant plus qu’il est ponctuellement choqué par nos visites citadines. Nous avons donc laissé (à Montréal) l’état d’esprit qui demande la stabilité, la prévisibilité et d’autres certitudes. Désencombré des demandes renouvelées que formule notre besoin incessant de sécurité, le voyage se vit et se formule à la vitesse de nos kilomètres. Notre corps autant que notre esprit adoptent la prémisse du présent : ils ne sauraient peut-être en faire autrement tant nos journées, du levé au couché, connaissent aventures et bouleversements.

img_3640.JPG
Embarqués derrière un pick-up pour traverser un pont

Le trajet, nullement prévu, n’a que pour lointain objectif la Floride. Entre les deux, impossible de dire par quelle route nous passerons dans la semaine qui suit. Un pompiste bienveillant, un hôte zélé, une passante bien renseignée, un ex-détenu enthousiaste suggèrent tous des chemins à suivre. Fort de notre expérience, nous ponctuons le tout de bon sens, d’instinct et ne faisons plus l’erreur de se fier à ces gens question millage ; règle de base, multiplier par deux toute indication de distance. Après tout, ce sont des automobilistes et non des cyclistes!

img_3656.JPG
Sur le bord de la plage à Long Island

C’est le nomadisme cycliste qui nous attire les rencontres, qui nous penche sur les beautés qu’a à offrir cette côte, autant que ses difficultés. C’est cette réalité en fait, pleine, diversifiée, tantôt dangereuse, tantôt séduisante qu’une route imprévisible nous offre, pour tant nous ravir et nous choquer.

img_3658.JPG
Vélo sur le bord de la page à Long Island

Insolite motard qui nous offre le café après la pluie, généreux retraités ou dévots qui nous ont hébergés, vacanciers et chauffeurs qui nous ont pris sur le pouce pour traverser certaines impasses routières : tous ponctuent notre voyage d’agréable façon. Sans doute est-ce aussi dans la difficulté, pris à innover pour poursuivre notre chemin que les anges du cyclisme ou ceux du Seigneur aiment à se faire connaître (vraiment, ce sont les deux factions prédomintantes de nos bons Samaritains).

***

Nous repartons demain matin de New York. Cette mégapole nous a laissé pantois par son exubérance et l’énergie qu’elle dégage. Une véritable orgie des sens à laquelle on se sent plus spectateur que participant. Deux jours ici sont loin d’être suffisants mais la Floride est encore loin et le tiers du voyage est déjà derrière nous.

img_3702.JPG
Brooklyn Bridge à New York photographié des berges de Brooklyn

Prochaine étape Washington. Suite aux recommandations que nous avons reçues, nous longerons la côte Atlantique pour éviter les Appalaches. Nous descendrons donc le New Jersey avant de prendre le traversier d’où nous couperons vers l’ouest à travers le Delaware et jusqu’à Washington, DC. Environ 500 km à avaler avant de vous redonner des nouvelles.

Expression symptomatique des conversations impersonnelles et sans interêt: parler de la pluie et du beau temps. C’est aussi une gentille façon d’introduire la conversation; en d’autres termes, de se jeter a l’eau. Le Vermont, le New Hampshire et le Massachusetts sont ravissants, vallonnés et verdoyants. Les routes secondaires suivent les courts d’eaux et nous font traverser de denses forêts et de nombreux villages.

resize-of-img_3562.JPG
Descentes sur les routes sinueuses et mouillées du Vermont

Nous avons eu notre dose de villages en perditions et de villages de deux maisons/station service (ça nous fait de maigres lunchs, des fois). Plusieurs villages maintiennent une forme surprenante, des devantures joliement restorées, une ambiance de village du siècle dernier bien conservée et des drapeaux étoiles, ha! ça on ne saurait trop en brandir!

À ce décor, nous somme exposés. Ainsi , la banale température dont nos maisons climatisées nous protégeait, revêt une toute nouvelle importance. Ce sont donc les premiers mots de nos échanges et non les derniers qui retiennent toute notre attention. Bien sur nous dirons éventuellement, «nous allons à Miami», «Oui, en effet, ce sera en vélo», «Oui oui, nous venons de Montréal avec tous nos bagages». Ça étonne toujours, mais c’est déjà un quasi automatisme. Ce qui nous intéresse, en temps que cycliste, c’est: Quant va-t-il pleuvoir? C’est là que nous pressons le citron, que nous extorquons les précisions.

resize-of-img_3578.JPG
Arrivée joyeuse dans l’état du New Hampshire

Après cinq jours de pluies diluviennes, d’orages tonitruants, d’averses imprévisibles et d’une rare puissance, notre baromètre interne s’ajuste au climat de la Nouvelle Angleterre. Forts de nos conversations ponctuelles et de notre instinct ancestral renouvelé, nous veillons maintenant au grain: c’est une question de seconde entre être au sec ou complètement trempés, de monter la tente sous l’averse ou d’y être confortablement installés. Heureusement, nos interlocuteurs en ont toujours long à raconter sur la pluie et le beau temps; toutes les statistiques et prévisions a long terme sont les bienvenues. Ce n’est pas que nous soyons devenus malpolis, mais la pluie justifie les moyens, comme on dit.

A coup sur, en pédalant vers le Sud, il faudra enchainer de nouveaux sujets après avoir ouvert la conversation sur un banal: “Yes, 0% probability of rain, blue sky and foracasted sun for the next five days!”

***

resize-of-img_3580.JPG
On traine notre maison sur le vélo comme des escargots!

Nous avons beau habiter tout proche de la frontière des Etats-Unis, c’est avec curiosité et étonnement que nous découvrons pour la première fois ce qui constitue vraiment l’âme de ce pays : les gens qui y habitent.

L’Américain moyen a été analysé, disséqué et jugé de bien des façons, souvent négatives et biaisées par la perception de l’administration actuelle. Tout le monde a son opinion sur les USA, ses idées préconçues et ses jugements arrêtés. C’est avec ce bagage de perceptions que nous avons pris la route il y a une semaine.

 

resize-of-rotation-of-img_3554.JPG
Dîner pluvieux devant la station-service

Nous sommes partis avec la ferme résolution d’aller vers les gens et faire des rencontres. En ce sens, nous sommes littéralement allés cogner aux portes pour demander un petit coin de jardin, afin de monter notre tente pour la nuit. C’est avec étonnement (et beaucoup de soulagement) que nous découvrons et apprécions la légendaire hospitalité americaine.

D’abord etonnés et incertains par rapport à notre drôle de requête, les gens qui nous ont hébergés cette dernière semaine nous ont offert le café alors que nous grelotions sous l’orage, la douche alors que le subtil mélange de crasse, sueur, crème solaire et chasse-moustique nous collait au corps comme une seconde peau, de partager le souper alors que nous avions besoin de réconfort.

resize-of-rotation-of-img_3588.JPG
Ludo préparant un bon souper de pâtes!

Face a cette bienveillance, nous avons aussi rencontre l’Amérique qui a peur, qui vit dans la méfiance de son prochain. Parmi les exemples frappants, il me vient en tête cette rencontre presque irréelle avec un homme en banlieue de Boston qui sortait le jour même de quatre années de prison. Il nous recommandait de faire bien attention parce qu’il y a beaucoup de personnes mal intentionnées dans les environs. Lui? Ça ne compte pas voyons, il n’avait fait que battre violemment un agresseur présumé d’enfant. Pas un vrai criminel en soit.

Bienveillante et appeurée, tel est la perception incomplète que nous avons des Etats-Unis après cette première semaine.

Prochaine étape New-York. Nous avions d’abord songé à contourner la Big Apple mais sa présence est trop importante, l’attraction trop forte. Nous devrions y être d’ici trois jours.

Tout s’enchaîne à la vitesse grand V présentement. De mon retour de Paris lundi jusqu’à ce soir, veille de notre départ, j’ai l’impression que tout déboule trop vite. J’ai peine à croire que nous partons demain à l’aventure. Je ne réalise d’ailleurs pas encore tout à fait que je suis de retour de Paris…

Nos plans de voyage ont fluctué tout au long de la semaine avant que nous arrêtions un tracé final. Suite au désistement de Philippe pour des raisons personnelles, Ludovic et moi avons décidé de revoir quelque peu l’itinéraire.

Le plan initial de partir de Montréal pour se rendre à San Francisco (environ 6000 km) nous semblait impossible  à réaliser en seulement six semaines. En excluant les jours de repos et de visites, nous estimons pédaler entre 30 et 32 jours.  Nous avons donc revu les plans pour viser un itinéraire plus raisonnable d’environ 4000 km, soit des moyennes de 130 km de vélo par jour.

Après avoir retourné la carte des États-unis dans tous les sens et considéré des facteurs tels les vents dominants et les températures extrêmes dans le sud du pays, nous nous sommes finalement entendus sur un tracé. Celui-ci relie Montréal à Miami en Floride en passant par plusieurs grandes villes de la côte est des États-unis.

La première étape nous mènera de Montréal à Boston en passant pour la Montérégie, le Vermont, le New Hampshire et le Massachsetts. Nous espérons arriver à Boston d’ici samedi prochain au plus tard.

Le temps annoncé pour les prochains jours est gris et pluvieux. Le moral et l’imperméabilité du matériel seront donc mis à l’épreuve. Nous escomptons tout de même un retour du balancier au bout du trajet. Les températures suffocantes et le soleil de plomb seront sûrement au rendez-vous en Floride au mois d’août!

Si vous avez des conseils sur les endroits ou routes à ne pas manquer ou encore si vous connaissez des gens accueillants sur la côte est des Etats-Unis qui ont un petit coin de verdure dans leurs cours arrières pour accueillir la tente de deux cyclistes itinérants l’espace d’une nuit, ne vous gênez pas pour nous écrire. Les voyages sont toujours propices aux rencontres.

Là-dessus, nous levons les amarres. Gardez-nous au courant de ce qui se passe chez vous, cela fait toujours plaisir d’avoir un peu de nouvelles pendant le voyage. Nous tâcherons de vous faire un résumé de cette première semaine de voyage une fois arrivés à Boston.

Déjà ma dernière chronique avant le retour à Montréal. J’aimerais avoir davantage de temps pour écrire mais je pars en Normandie avec des amis salseros ce week-end et j’ai de la belle visite de Chine la semaine prochaine. J’ai décidé de clore ce chapitre de mon blog avec un petit top des choses qui ont constitué mon quotidien à Paris et me manqueront de retour à Montréal. Je vais en oublier mais voilà ce qui vient en tête à l’instant :

  • Les longues ballades le long du canal St-Martin le soir après le dîner (souper).


Avec Olivia sur le bord du Canal St-Martin

  • Les folles soirées de salsa au Latina et depuis quelques jours à l’extérieur aux quais de Seine. Marc Anthony, sors de ma tête!
  • Les soirées entre mecs (et toujours une fille mais jamais la même!) au Blue Billard, rue St-Maur. Compatriotes québécois, méfiez-vous de la règle des trois bandes si vous jouez avec des Français!


Cours de salsa

  • Les joggings aux Buttes Chaumont le week-end. Cette impression de quitter Paris l’espace d’une heure.
  • Les piques-niques entre amis sous la Tour Eiffel. Les oh et les ah lorsque la tour scintille dans la nuit! (Les Parisiens ne sont pas toujours complètement blasés!)
  • Mon coiffeur brésilien qui essaie de me convaincre que l’hétérosexualité est une maladie qui se guérit tout en m’égalisant les sourcils avec sa tondeuse (clipper).


Billard entre amis

  • Les brunchs au “Le Pain Quotidien” de la rue Mouffetard. Les meilleures confitures de Paris!
  • Les croissants et pains aux chocolats que j’achète en route pour le boulot le matin et déguste avec un expresso bien serré.
  • Mes amis de mon cours de salsa qui sont devenus ma petite famille à Paris et que je vais attendre à bras ouvert à Montréal : Alexandra, Anaïs, Béatrice, Céline, Claire, Corine, David, Delphine, Djouher, Élodie (x2), Florent, Gaëlle, Jérôme, Joffrey, Laurent, Marie, Marine, Rémi, Serhan et Sophie! Tenez-vous le pour dit!
  • Mes profs de salsas Kheireddine et Sandrine qui auront réussi à faire de moi un danseur de salsa portoricaine décent sachant garder sa ligne et son sourire. Merci de votre dévotion. Vous aurez réussi à me transmettre votre passion.


Soirée salsa Club Med Gym (Marine et moi)

Voilà! Et comme à la fin de chaque voyage, je regrette encore de ne pas avoir écrit davantage sur ce blog. Heureusement, il n’aura pas le temps de prendre la poussière puisque je repars pour un nouveau voyage dès mon retour à Montréal.

Après Transcanada 2000 et Euro 2002, le trio cycliste des cheveux rasés et mollets huilés (on oublie la barbe à la Ben Laden ce coup-ci, c’est plus sûr!) composé de Ludovic, Philippe et moi-même fait son grand come-back avec le Transamerica 2007!

Ce nouveau périple cycliste d’environ 6 semaines devrait nous mener à travers les États-unis jusqu’à une destination qui reste encore nébuleuse et dépendra sans doute de notre condition physique. (Ah les remords d’avoir mangé top de pâtisseries et de bons fromages!)

Alors ne manquez surtout pas les chroniques estivales de vos trois cyclistes agrémentés de photos et réflexions sur la vie à deux roues nos charmants voisins ricains!

Grosse bise et vive la France!

C’est avec un mélange de satisfaction et de nostalgie anticipé que je repars pour Montréal dans deux semaines, soit le 1ier juillet. Satisfaction parce qu’en un an à Paris, j’aurai vécu d’innombrables aventures. Je me suis imprégné de cette culture française à travers les grands événements qui ont ponctués mon séjour ici, que ce soit la coupe du monde de football (soccer) où les français se sont hissés jusqu’en finale contre toute attente ou encore les élections présidentielles qui ont pris fin le week-end dernier.

Après 13 mois en France, j’ai à peu près réussi à apprivoiser cette bête imprévisible et sanguine qu’est le Français et plus particulièrement le Parisien. J’ai pu débouter certains clichés qui ont la vie dure.


Pique-nique entre amis aux Champs de Mars (en face de la Tour Eiffel)

Par exemple ce mythe des garçons de table parisiens impolis et railleurs. Ils ne sont franchement pas légions à Paris. La plupart sont courtois bien que souvent pressés et débordés de clients. Ces clients qui par ailleurs choisissent souvent de s’asseoir côte à côte pour regarder défiler les gens dans la rue.

Et ces gens qui passent… Ces Parisiens qui ont la réputation d’être toujours pressés et stressés. Ça non plus je ne l’ai pas trop senti. Il faut dire qu’avec en moyenne six ou sept semaines de vacances par année, il n’y a pas de quoi être sur le gros nerf!

Mais au final, ils sont comment ces Français? Bien franchement, je vous répondrai qu’ils ont les défauts de leurs qualités. Mais soyons gentils et commençons par les qualités.


Devant l’hotel de ville avec ma mère

J’ai été d’abord impressionné par cette culture et cette classe bien françaises. Un bon nombre de Français ont une maîtrise remarquable de leur histoire qui n’est tout de même pas la plus simple. De Napoléon à De Gaulle, la connaissance de l’histoire est intimement liée avec un intérêt politique fortement marqué.

La culture vinicole est aussi un trait bien français. J’ai réellement appris à apprécier le vin en France grâce à tous ces amis passionnés qui m’en ont donné le goût. Ce ne sont pas les bons vins à prix abordables qui manquent dans l’Hexagone et il n’y a pas meilleure démonstration du chauvinisme français : on ne boit ici pratiquement que du vin français.

Je l’ai écrit dans une chronique précédente : les Français sont aussi époustouflants d’un point de vue linguistique. Ils manient le verbe avec une habilité que nous n’avons pas au Québec. D’ailleurs, cette qualité vient de pair avec un goût particulier pour le débat. Lorsque vous argumentez avec un Français, faites bonne provision de salive!


Cathédrale Notre-Dame de Paris

Mais attention chers amis français qui lisez ce blog, j’ai bien écrit que vos qualités venaient avec leurs défauts. Car toute cette classe et ce chic français viennent avec ses revers, soit une légère pointe d’arrogance. Peut-être le mot est-il fort… Disons plutôt que j’ai noté chez le Parisien cette distance affectée quelque fois teintée d’hypocrisie. Le microcosme du Parisien est un cocon bien hermétique.

Peut-être cette opinion est-elle simplement renforcé par le fait qu’à première vue, les Québécois dégagent une impression fortement opposée. Les échanges entre inconnus sont souvent plus familiers et conviviaux au Québec. La quasi-disparition du vouvoiement au n’en est que le signe le plus visible. Je me demande parfois si ce trait québécois n’a pas été hérité de nos voisins américains qui sont aussi réputés pour leur jovialité presque naïve. (N’y a-t-il pas plus dupe qu’un touriste américain?)


Sur le pont des Arts

Lorsque je demande aux Français comment ils perçoivent les Québécois, c’est souvent avec beaucoup d’affection. D’ailleurs, je l’ai senti dans l’accueil que j’ai reçu ici. Dès qu’un Français perçoit mon accent lointain, son regard s’allume et il se lance alors dans le fabuleux récit de son voyage de pêche sur glace dans le Grand Nord, la randonnée en traîneau à chien sans oublier l’escapade à Tadoussac pour admirer les baleines! Je me demande alors si on parle du même pays… Il faut que je sorte de Montréal!

J’ai en contrepartie l’impression que l’on juge souvent plus durement les Français. Peut-être est-ce le ressentiment d’un peuple affranchi qui voit en ce pays outre-atlantique une relique d’une époque coloniale lointaine.

On aime à croire que le Québec est cet îlot en Amérique qui s’inspire du meilleur des deux continents. Bien que notre langue nous offre une certaine protection culturelle, je réalise que notre mode de vie est franchement beaucoup plus américain qu’européen.

Cela se sent entre autre par la prédominance du pratique sur l’esthétique. (J’habite à Brossard à moins de 500 mètres du boulevard Taschereau alors j’en sais quelque chose!)

***

Bon, il se fait tard et cette chronique commence à faire du coq à l’âne. Je m’arrêterai donc ici pour ce soir. Je finirai ma conclusion à ce blog parisien plus tard cette semaine.

De retour de Pologne, je n’ai malheureusement pas de photos à vous montrer de ce charmant pays que j’ai découvert au cours de la dernière semaine. Pendant le trajet de Cracovie à Budapest, Philippe, l’ami avec lequel je voyageais, s’est fait volé son appareil photo ainsi que son téléphone cellulaire. Malheureusement pour nous, l’ensemble de nos photos de voyage se trouvait sur l’appareil.

Comme je voyage léger et que je ramène assez peu de souvenirs, les photos et les chroniques que j’écris constituent en quelques sortes les seules reliques de mes voyages. Elles défilent en continue sur mon fond d’écran d’ordinateur et me permettent d’être transporté à nouveau l’espace de quelques instants vers tous ces lieux et ces gens que j’ai connus. Revenir de voyage sans aucune photo laisse un vide.

Néanmoins, ce fut une semaine extraordinaire dans ce pays dont j’ignorais à peu près tout.

La Pologne, de par sa situation géographique au centre de l’Europe, a une histoire particulièrement pénible de guerre et d’occupation. Tous les grands empires coloniaux d’Europe ont occupés la Pologne à un moment ou l’autre de l’Histoire. Le pays conserve d’ailleurs l’empreinte des deux dernières occupations, soit celle des Nazis et de l’URSS communiste. Les premiers ont rasé de grands pans du pays (Notamment la capitale Varsovie qui fut détruite à plus de 80%) et les seconds ont reconstruits dans la grisaille d’un béton uniformément laid. 

Je m’attendais donc à retrouver un pays pauvre et plutôt morne. À mon étonnement, les villes où nous avons séjourné (Varsovie et Cracovie) ont été en grande partie reconstruites à l’original et les centres historiques de ces deux villes sont de petits joyaux d’architectures. Bien que le niveau de vie reste considérablement en dessous de celui de l’Europe occidentale, les gens se tirent fort bien d’affaire et l’adhésion à l’Union Européenne en 2004 devrait accélérer la relance économique du pays.

***

Me voici donc revenu dans un pays qui pendant mon absence a élu un nouveau président. Cette nouvelle présidence s’annonce comme celle des grands bouleversements pour la France. Aux prises avec de nombreux problèmes sociaux-économiques et un modèle qui peine à s’adapter aux nouvelles réalités de la mondialisation, Nicolas Sarkozy aura fort à faire afin que la France redevienne compétitive au sein de l’Europe. Les Français semble l’accueillir avec un mélange d’espoir et de scepticisme.

Ne reste plus qu’à voir comment les choses évolueront au cours des cinq prochaines années.

***

Si aujourd’hui je voyage et que je peux partager avec vous un peu de ceux-ci à travers mon blog, c’est en grande partie parce que tout petit déjà, une femme m’a donné le goût de la lecture et de l’écriture.

Elle prenait le temps le soir de me faire écrire des dictées et m’aidait à réviser mes devoirs. Elle m’encourageait dans mes rêves d’enfant et me rappelle aujourd’hui avec amusement comment, haut comme trois pommes, je songeais déjà un jour faire le tour du monde alors que je restais fermement accroché à ses jupes.

Cette femme, vous l’aurez deviné, c’est ma mère. Je profite de cette journée pour lui rappeler combien je l’aime et combien elle est extraordinaire. Je t’attends à Paris la semaine prochaine m’man!

Je suis allé passer la fin de semaine de Pâques en Suisse et j’en ai profité pour rendre visite à des amis rencontrés lors de voyages précédents. Comme ce blogue manque décidemment de photos, je vous raconte cette chronique en images plutôt qu’en mots. (Bon, je ne peux m’empêcher d’en placer quelques-uns mais seulement un minimum, promis!)

J’ai eu un véritable coup de cœur pour la Suisse qui est un paisible mélange de pâturages, vallées, montagnes et petits villages colorés. Mais la Suisse, c’est aussi un pays riche de son industrie pharmaceutique et financier. Et c’est sans doute le plus grand exportateur de montres. Bref, la Suisse, c’est beaucoup de choses concentrées dans un tout petit pays au centre de l’Europe!

***

Genève

Cette première photo a été prise devant le fameux jet d’eau de Genève en compagnie de mes amis français Rudy et Aurore que j’avais rencontrés en 2004 en Thaïlande et qui m’ont hébergés à Genève. Le jet d’eau que vous apercevez derrière est haut de 140 mètres et est en quelque sorte devenu le symbole de Genève.

***

Genève

Cette deuxième photo de Genève d’une allée commerçante n’a rien de bien particulier sinon qu’elle est bordée de drapeaux suisses et genevois. J’ai été surpris du nombre de drapeaux que l’on voit dans les rues en Suisse. Ce pourrait être interprété comme le signe d’un nationalisme chauvin mais personnellement j’y vois autre chose. Le drapeau suisse est devenu au fil du temps un symbole reconnu internationalement et même une image de commerce. On le retrouve sur les couteaux suisses, les boîtes de chocolat et les montres. Seuls quelques pays bénéficiant d’une cote de popularité aussi élevée et peuvent se permettre d’utiliser leur drapeau à de telles fins commerçantes. Je pense entre autres à la Suède dont les couronnes sont aussi célèbres…

***

Luzern

Sur celle-ci, vous me voyez en compagnie de mon amie Michèle que j’avais rencontrée au Laos et qui m’a invité à venir découvrir son petit coin de pays, soit la région Suisse-Allemande aux environs de Zürich. Cette photo a été prise à Luzern. Je vous laisse vous extasier devant le paysage des alpes enneigées!

***

Zurich

Cette photo n’est peut-être pas la plus représentative de Zürich mais je trouvais qu’elle décrivait bien la Suisse dans son ensemble. Ce qui m’a le plus marqué en Suisse, ce sont les couleurs. Les devantures pastelles (comme sur la photo), les pâturages d’un vert irréel, les sommets blancs découpant un ciel bleu azur…

***

Luzern

Une petite dernière… Moi (notez la jolie montre suisse au poignet!), l’art de vivre européen, une terrasse, le soleil, un lac, des paysages à couper le souffle. La Suisse. Le parfait week-end de Pâques!

Comme l’indique si bien le titre, j’ai aujourd’hui envie de vous causer politique. Je sais que je vous ai habitués aux récits de voyage plutôt légers mais il est plus que temps de rehausser un peu le niveau de ce blogue. Ce n’est pas demain la veille que je gagnerai le Pulitzer du meilleur correspondant à l’étranger si je me contente de faire bêtement la critique de la bureaucratie française. (de toute façon on ne peut pas battre les Français quand vient le temps de critiquer le système et faire la révolution!)

Alors, où en étions-nous? Oui, politique. Voilà. C’est avec grand intérêt que je suis présentement les campagnes électorales québécoise et française. La première tire à sa fin lundi (n’oubliez pas d’aller voter!) alors que la deuxième entre dans la dernière droite (premier tour des présidentielles le 22 avril).

Bien que les cultures politiques française et québécoise soient considérablement différentes, il y a plusieurs parallèles intéressants entre les deux campagnes en cours. Dans les deux cas, on retrouve deux partis traditionnels se partageant le pouvoir  à tour de rôle et dont les clivages se veulent irréconciliables.

Au Québec, ce clivage oppose les idéologies fédéraliste et séparatiste représentés par le Parti Libéral du Québec (PLQ) et le Parti Québécois (PQ… ce qui fait toujours bien rire les Français!). Du côté français, le clivage en est un plus répandu dans les démocraties modernes : gauche vs droite. La gauche est ici représentée par les Socialistes menés par Ségolène Royal et la droite modérée est la chasse-gardée de l’UMP et son chef Nicolas Sarkozy.

Au Québec comme en France, on s’attendait à une campagne opposant ces deux grands courants respectifs tel que ce fut toujours le cas (je fais ici exception de Jean-Marie Le Pen en 2002). Or voilà que dans un cas comme dans l’autre, un troisième homme que l’on n’attendait pas est venu brouiller les cartes et ajouter une nouvelle dimension aux élections.

Au Québec, ce troisième homme s’appelle Mario Dumont (ADQ). Présent dans le paysage politique québécois depuis des lunes malgré son jeune âge, il représente une droite conservatrice et populiste qui jusqu’à tout récemment n’avait jamais semblé avoir le vent dans les voiles au Québec. La principale originalité du programme adéquiste est le refus de prendre clairement position sur la question de l’unité nationale. Alors que les deux partis traditionnels opposent des visions aux antipodes quant à l’avenir du Québec au sein du Canada, Mario Dumont lui essaie de se faufiler au centre en proposant le concept d’autonomie du Québec. Bref, le fameux Québec libre dans un Canada uni!

Une majorité de Québécois dont je fais parti sont las de ces querelles fédéralistes/séparatistes et constatent que le projet souverainiste tel que présenté par le parti Québécois s’essouffle et ne réussi plus à soulever l’enthousiasme qu’il a déjà suscité. Devant ce constat d’échec et ne pouvant non plus se résoudre à la conception  du fédéralisme multiculturel canadien où le Québec est considéré comme une province au même titre que les autres, plusieurs Québécois sont à la recherche d’une troisième voie.

Malheureusement, lorsque l’on regarde de plus près la voie «autonomiste» proposée par Mario Dumont, on se rend vite compte qu’elle relève d’un utopisme sans aucune mesure. Vraiment, y a-t-il encore des politiciens au Canada qui sont prêts à rouvrir le dossier de la constitution? Lorsque l’on sait les traumatismes et déchirements que cela a causés dans le passé…

En France, le troisième homme s’appelle François Bayrou. Il propose lui aussi de faire éclater les anciens clivages gauche-droite et se veut essentiellement centriste. Un nombre important de Français ont été séduits par cette éventuelle troisième voie.

Depuis une semaine toutefois, la candidature de François Bayrou semble avoir plafonné dans les intentions de votes. Ici aussi, on voit les limites de ce concept qui se veut unificateur mais qui pourrait se révéler n’être que de la poudre aux yeux.

La nouvelle politique de la semaine en France nous vient plutôt de ce nouveau sondage qui fait état d’une égalité parfaite entre Royal et Sarkozy, soit le même pourcentage de vote pour les deux candidats au premier comme au deuxième tour.

C’est un signe frappant du désir des Français d’être gouverné au centre!

***

Malheureusement et à ma grande déception, je ne voterai dans ni une ni l’autre de ces élections. Je m’y suis pris trop tard pour pouvoir voter par correspondance au Québec et j’ai le temps de faire quelques cheveux gris avant de pouvoir voter en France!

Et si j’avais pu voter au Québec? Mon vote serait allé au parti québécois. Je ne suis toutefois pas d’humeur à leur accorder un gouvernement majoritaire. Gagner avec moins de 30% du suffrage forcerait le parti à revoir en profondeur sa raison d’être et éloignerait le spectre d’un nouveau référendum. Il est plus que temps que ce parti mette un peu d’eau dans son vin et cherche des voies alternatives à l’affirmation du Québec. La voie référendaire n’a plus l’adhésion d’une grande majorité de Québécois et le parti finira par se couler lui-même s’il persiste dans cette voie.

Et en France? Il reste encore un mois avant le premier tour… J’aurai le temps de vous en reparler!

Les Français ne «french» pas, ce serait… euh… une tautologie en quelque sorte! Ils roulent plutôt des pelles! Donc si vous venez en France et que vous êtes assez chanceux pour ne pas prendre de râteau (se faire «virer de bord» au Québec), vous roulerez peut-être des pelles! L’univers linguistique de la drague française prend décidemment des airs de jardinage…

Je vous écris ce matin de la salle d’attente des bureaux de la caisse primaire d’assurance maladie. J’attends patiemment mon tour afin de recevoir mon numéro de sécurité sociale, équivalent en France de la carte d’assurance-maladie. Ensuite, je dois passer à la préfecture de police pour ma carte de séjour et encore à la banque afin de récupérer ma nouvelle carte Bleue. Bref, j’ai pris congé du bureau en ce lundi pour affronter la terrible machine bureaucratique française.

J’aurais bien des anecdotes à vous raconter au sujet de mes expériences avec la bureaucratie française mais je crois que la plus cocasse reste la perte de ma carte bleue il y a de ça deux semaines.

La carte Bleue en France est l’équivalent de la carte de crédit et de débit au Canada. Elle fait de façon très pratique un deux en un. Du moins, c’est bien pratique jusqu’au jour où vous la perdez parce qu’à ce moment là il ne vous reste plus rien pour retirer au guichet.

J’avais déjà perdu ma carte de crédit au Canada (c’est une habitude chez moi) et l’aventure avait été de bien courte durée. J’ai appelé un numéro sans frais. La banque a annulé ma carte et m’en a tout de suite renvoyé une par la poste. J’ai pu l’activer par téléphone dès la réception. Aucun frais n’a été porté à mon compte. Après tout, les compagnies de crédit prennent leur part du gâteau chaque fois qu’un consommateur effectue une transaction par carte. Ils ont donc bien intérêt à ce que le client ait sa carte en poche.

Les choses ont été quelques peu plus compliquées ici… Après m’être aperçu de la perte de ma carte, j’ai trouvé le numéro de ma banque sur Internet. Un appel a suffit pour faire annuler la carte (ils appellent ça «faire opposition» je crois). C’est là que ça se complique.

Le préposé au bout de la ligne m’informe que je dois écrire une lettre à mon banquier avant qu’il puisse commander une nouvelle carte. Euh? Voici à peu près ce que ça a donné :

Cher Banquier,
J’ai perdu ma carte bleue et j’aimerais s’il vous plaît que vous m’en fabriquiez une nouvelle. Je vous promets que je ferai plus attention la prochaine fois.
Votre très dévoué client.

Une semaine plus tard, je reçois une lettre de ma banque me confirmant l’émission de ma carte. Je dois me rendre à l’agence pour la récupérer. L’agence est loin du bureau où je travaille mais j’y file en vitesse à l’heure de la pause-déjeuner.

Arrivé à l’agence, la gentille caissière, après avoir pitonné un temps interminable sur son ordinateur, m’informe que la carte n’est pas encore arrivée à l’agence. Je fais la grimace. J’ai pourtant reçu une lettre comme quoi la carte était prête. Oui monsieur, elle a été émise mais n’a pas encore été transmise à l’agence. Je repars donc bredouille.

Le lendemain midi, toujours pendant ma pause-déjeuner, je retourne de nouveau à la banque. Cette fois-ci la carte est bien arrivée et la gentille caissière me la remet pour que je la signe au dos. À peine ais-je fini de signer qu’elle reprend subitement la carte. Elle ne peut plus me la donner car l’ordinateur ne veut pas. Et pourquoi donc madame? Que lui ai-je donc fait à votre ordinateur madame? Je ne sais pas monsieur, je vais devoir vous rappeler monsieur.

Je peine à garder mon calme. J’ai beau avoir pris la formule d’abonnement Zen Tranquillité, je ne suis plus zen du tout! Même que je me fâche! Je demande à parler au banquier. Le banquier est parti déjeuner monsieur. Alors, vous allez tout de suite transférer mon compte dans une autre agence madame! Ah non monsieur. Vous devez d’abord aller faire l’inscription dans une autre agence, qui nous transmettra alors votre demande de transfert du compte.

Je capitule… Je fais tout de même un retrait de 300$ pour avoir de quoi vivre le temps que le problème se résolve. En sortant de l’agence, je réalise qu’elle a débité l’argent de mon compte sans même me demander la moindre pièce d’identité. Ça me déprime encore plus!

En revenant au bureau, j’ai un nouveau message sur le répondeur. Le problème est réglé monsieur, vous pouvez revenir chercher votre carte…

***

Je pourrais aussi vous conter la fois où j’ai dû faire de la traduction au bureau d’immigration entre la réceptionniste et un couple d’Indiens parce que ces derniers ne parlaient que l’anglais et que la réceptionniste était unilingue. Une responsable de la réception des immigrants unilingue… J’aurai tout vu!

Il dit quoi l’Indien fâché monsieur? Il dit qu’il est en tabarnac madame… Et il est pas tout seul!

Bon allez, je crois bien que mon numéro est le prochain. Grande respiration. Grand sourire. Bonjour madame! Bonjour monsieur!

Next Page »