Même de ma contrée lointaine, je ne peux rester indifférent à tout le battage médiatique entourant la hausse des droits de scolarité au Québec. D’emblée je dois dire que je n’ai pas une idée arrêtée sur le sujet mais des opinions que j’aimerais vous partager par le biais de deux anecdotes dont une toute argentine puisque ceci reste d’abord et avant tout un blogue de voyage.
Un thème qui selon moi est trop peu abordé lorsqu’on parle du système universitaire québécois est la qualité de l’enseignement. Les étudiants sont prêts à déchirer leurs chemises sur la place publique pour réclamer haut et fort la gratuité mais peu semblent se soucier des conséquences qu’aura la grève actuelle sur la qualité de leur formation. Une fois la grève terminée, les profs feront un rattrapage à la va-vite et cette session à rabais sera bouclée sans que personne ne se plaigne des heures d’enseignement perdues. Il est là pour moi le vrai drame.
C’est d’abord et avant tout la conséquence plus générale de la conception utile que se font les étudiants de l’université. On y va d’abord pour obtenir un diplôme qui ouvre la porte au marché du travail. L’éducation et l’acquisition de nouvelles connaissances ne sont qu’un corollaire à l’obtention d’un diplôme (et il y a ici évidemment beaucoup d’exceptions d’étudiants allumés, mais c’est mon impression générale). C’est ce désintéressement de la qualité objective de l’enseignement qui nous a mené à l’état actuel de marchandisation et de vente aux grandes entreprises de notre système d’éducation.
J’en viens donc à ma première anecdote. En 2006, j’en étais à ma quatrième et dernière année d’études du Génie Logiciel à l’ETS. La session commençait et j’anticipais grandement un cours structures de données et algorithmes. Pour les non-initiés, l’algorithmie est un sujet quelque peu aride mais incontournable puisqu’il constitue la base de tout code informatique. La session à peine entamée, je dû vite déchanter devant le succédané simpliste de ce qui aurait pourtant dû être une matière autrement plus ardue. Le tout livré par une professeur qui bouclait ses cours sans enthousiasme en à peine 1h15 pour une période qui aurait dû normalement en durer 3. Cela sans compter ses absences répétées. En discutant avec mes collègues de classe, je me rendis compte que j’étais le seul à me sentir volé de mon droit à l’apprentissage. La plupart n’étaient que trop heureux de cette petite relâche dans leur vie occupée d’étudiant et ce passe-droit de 4 crédits facilement obtenus n’était pas de refus.
Ce n’est que deux semaines avant la fin de la session que je me décidai à prendre action. J’écrivis une lettre (anonyme) à la professeur dans laquelle je lui fis part de ma déception. Je lui dis que je trouvais bien dommage qu’une chercheuse de son envergure ne soit pas en mesure de nous transmettre la matière avec plus de passion et de rigueur. Il faut croire que ma lettre toucha son orgueil professoral puisque les deux semaines suivantes, elle donna son cours pendant les 3 heures prescrites avec une passion retrouvée. Nous sortîmes étourdis de ces derniers cours, peu habitués à recevoir un tel condensé d’apprentissage.
Ma deuxième anecdote, cette fois toute argentine, concerne le système de transport collectif à Buenos Aires. Ça a peu à voir et tout à voir avec la hausse des droits de scolarité. Quand je suis arrivé à BsAs, le coût d’un billet de métro était de 25 centimes (de dollars canadien). Les gens en sont venus à oublier qu’ils ne payent qu’une fraction de ce que coûte vraiment l’entretien du système, celui-ci étant en bonne partie subventionné par l’état. Les politiciens en sont venus quand à eux à considérer le prix du billet comme une vache sacrée politiquement intouchable, cela malgré une inflation galopante au cours des dernières années et une diminution des revenus de l’état.
Fraichement réélue et les coffres de l’état étant vides, la présidente dû décréter que les subventions allaient diminuer et que prix le prix du billet passerait maintenant de 25 à 60 centimes. Quelle ne fut pas l’indignation et la colère des Porteños de voir le prix du transport en commun plus que doubler. De mon côté, je ne pouvais comprendre leur mécontentement devant ce qui reste encore aujourd’hui un des services de transport collectif les plus abordables d’Amérique.
Ceux qui ont entendus parler des recherches de l’économiste Dan Ariely (auteur entre autre chose du livre Predictably Irrational, un bijoux de lecture pour comprendre comme l’être humain réagit de façon irrationnel dans un contexte de choix économiques) auront compris que l’homme ne peut concevoir la valeur des biens qu’en termes relatifs et non absolus. Nous déterminons la valeur d’une chose en la comparant à la valeur d’une chose semblable (c’est d’ailleurs pourquoi le gros popcorn au cinéma qui ne coûte que 25 cents de plus que le moyen nous semble toujours être la meilleure option). Dans le cas du métro, les Argentins se basent sur l’ancien prix du métro pour juger déraisonnable le nouveau prix. De mon regard extérieur, je me base sur mon expérience de ce que coûte le métro dans les pays où j’ai vécu pour juger de l’accessibilité de celui-ci. Qui a raison? Dur à dire puisqu’il s’agit ici d’une question de perception. Dans tous les cas, nous n’en serions pas là si le gouvernement avait agit de façon responsable en ajustant le coût du billet de métro à l’inflation au cours des dernières années. Mais l’inflation en Argentine, c’est une toute autre histoire!

Une photo qui date d'il y a longtemps, ma visite d'une université au Laos en 2005.