Sun 10 Oct 2004
Mon coloc, sa famille et moi
Posté par Pierre Olivier Martel sous 04-05 Récits de ChineComments Off -
La première fois que je l’ai rencontré, j’ai tout de suite su que nous n’avions rien en commun. Timide, réservé, délicat… Cusson, mon nouveau coloc chinois, avec qui j’allais être pris à partager ma chambre pour l’année me laissait plutôt indifférent. Et c’est dans cette relative indifférence que s’est déroulé notre premier mois de colocation. Nous entretenions une relation polie sans plus.
Quand il m’a demandé si je voulais bien venir souper dans sa famille pour le Mid-Automn Festival, j’ai dû regarder par-dessus mon épaule pour m’assurer que l’invitation s’adressait bien à moi. Je n’avais encore jamais été dans une famille chinoise et je me suis dit que l’expérience pourrait être intéressante. Je n’avais aucun plan pour le congé de toute façon.
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La famille de mon coloc habite à une heure de l’université en train, dans la partie de Hong Kong appelée les New Territories. C’est un peu la banlieue de Hong Kong, un gros Brossard où les bungalows sont remplacés par des tours de 20 étages où s’entassent des familles nombreuses dans de petits 4½. Près de la moitié des habitations à Hong Kong sont des «Public Houses». Ces logements modestes sont financés en bonne partie par le gouvernement.
C’est au 19e étage d’une de ces tours d’habitation publiques que la famille de mon coloc vie. L’appartement est constitué d’une pièce commune qui sert à la fois de salle à manger et de salon. La cousine de Cusson, qui habite aussi avec eux, couche sur le divan. Les parents ont leur chambre et mon coloc partageait une chambre avec sa sœur. Le tout est complété par une minuscule cuisine et une salle de bain où on ne peut entrer plus d’une personne à la fois.
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La tante de Cusson ne me lâche plus. Évidemment, elle ne parle pas un mot d’anglais. En arrivant chez mon coloc, j’ai déballé quelques phrases de cantonnais pour épater la famille. Je suis un cours de cantonais à l’université, une heure hebdomadaire qui se conclue habituellement par un fameux mal de tête. Je possède un vocabulaire d’une cinquantaine de mots que je suis seul à comprendre vu mon terrible accent. Je suis d’ailleurs probablement la première personne à introduire le concept d’accent québécois dans la langue cantonaise à Hong Kong.
Alors me voilà pris à converser avec la matante alors que je n’ai pas la moindre idée de ce qu’elle me raconte. Je veux tout de même avoir l’air connaisseur alors je hoche la tête et je réponds «Hi, hi» (oui, oui). Même le petit cousin de 5 ans rit de moi et essaie de m’enseigner quelques trucs. Ça prend beaucoup d’humilité pour apprendre une nouvelle langue. Je l’aurais tiré du haut du 19e étage s’il y avait eu une fenêtre!
Voilà la mère qui fait irruption dans le salon avec le plat principal. Je me crois sauvé de mon supplice linguistique jusqu’à ce que je réalise que le plat qui se trouve maintenant au centre de la table est en fait un gros poisson gani de fines herbes. Il a l’air succulent sauf que je suis allergique au poisson. Ça me donne des crampes d’estomac terribles.
Je cherche Cusson des yeux, il est encore dans la cuisine. Un gros morceau (qui n’est pas la tête heureusement!) atterrit dans mon assiette. Encore la mautadite matante qui veut rendre service. Je suis entouré d’une dizaine de personne à table, tous des membres de la famille de mon coloc, qui me regardent maintenant en attente d’un verdict. Les mots se bousculent dans ma tête mais aucun pour «allergie» en cantonnais. Ne voulant pas créer d’incident diplomatique avec la famille de mon coloc, j’avale une bouchée et m’exclame la bouche bien pleine : «Hou Mei!» (délicieux).
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La soirée tire à sa fin. J’ai l’estomac de travers. J’ai essayé de faire passer le mal en buvant du vin de riz, qui goutte un peu comme un porto en moins raffiné, mais ça m’a juste alourdi davantage.
La famille est partie, la vaisselle est rangée, c’est le moment que choisit le père pour sortir le jeu de mahjong.
Mahjong est un espèce de poker chinois qui se joue à quatre avec l’aide 144 jetons en forme de tuiles. Les règles sont assez compliquées pour le débutant et j’ajouterais que juste le maniement des jetons est un art difficile à maîtriser. Le jeu et les paris font parti intégrante de la culture de Hong Kong. Il n’est pas rare que je me promène dans la rue et que j’entende le bruit caractéristique des tuiles de Mahjong qui s’entrechoquent.
Me voilà donc pris dans l’action, absorbé par ce jeu que je ne comprends pas de la moitié. Ça tourne vite, prends un jeton, jettes un jeton, cris quelque chose… J’ai le cerveau saturé et je tire n’importe quel jeton, ne sachant pas trop qu’est-ce qui est quoi. Mais je suis têtu, je ne partirai pas avant d’en avoir gagner une. Je tire un autre jeton. Le père me tapote l’épaule. «Cannot do this». La nuit va être longue.
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Mon coloc a finalement déménagé avec un de ces amis qui habite à un autre étage des résidences. Me voilà maintenant seul et en attente d’un nouveau coloc. Probablement qu’il arrivera au courant de la semaine prochaine. J’ai déjà hâte de rencontrer sa famille!