Son nom chinois est Cheuang A Ni mais tout le monde l’appelle Iris. Elle s’appelait Winnie avant mais elle me dit en riant que trop de filles obèses s’appellent Winnie alors elle a préféré changer son nom pour Iris. Ah bon! Et pourquoi Iris? Parce que c’est le nom d’une jolie fleur et ça sonne plutôt bien.

Une majorité de jeunes Hongkongais n’ont pas reçu de noms «anglais» à la naissance et s’en choisissent un à l’adolescence. Certains colorés, d’autres originaux. Comme par exemple mon ami Lenus qui a choisit son nom parce que selon ses dires, il est unique.

Ici, on m’appelle simplement Pierre avec un fort accent anglais. J’ai bien essayé de faire prononcer Pierre Olivier à mes amis mais il semble que ce soit du chinois pour ces Chinois! Je me suis même fait demander si j’avais un nom anglais. Just call me Pete.

***

- You look like a big red pocket.

Voilà les mots que celle qui allait devenir ma copine m’a adressés lors de notre toute première rencontre. Les «red pockets» sont ces enveloppes d’argent de couleur rouge que la famille et les amis distribuent aux plus jeunes à l’occasion du nouvel an chinois. Drapé de mon anorak rouge, l’affirmation prenait un sens difficilement réfutable.

Ces simples mots m’ont fait sourire, moi qui m’étais fait au caractère souvent timide et réservé des chinoises. Non pas qu’elles soient soumises et dociles comme le furent leurs mères ou leurs grand-mères. Je dirais plutôt que le jeu de flirt se fait discret et que les relations se développent plus lentement dans cette société aux mœurs conservatrices.

Je me suis bien fait prendre à ce jeu à quelques reprises. Ici, les premiers rendez-vous se font généralement en groupe. Je me rappelle d’ailleurs un rendez-vous que j’avais eu avec une jolie demoiselle il y a de ça quelques mois. Alors que j’avais fait une réservation dans un romantique petit restaurant italien et que je m’étais mis sur mon 36 pour l’occasion, la belle s’est présentée avec un groupe d’amis en me demandant le plus naturellement du monde où nous allions manger!

J’ai eu un peu plus de chance avec Iris, prenant cette fois la peine de lui spécifier que nous allions souper en tête à tête. Les bras me sont tout de même tombés lorsqu’elle s’est présentée à l’heure du rendez-vous en… pyjama! Le contraste était quelque peu frappant alors que j’étais tout frais rasé, élégamment vêtu tout en prenant bien garde de ne pas être pris cette fois encore pour une «big red pocket». La douce croyait que nous allions simplement casser la croûte à la cantine des résidences et n’avait pas saisi le contexte galant de la rencontre.

Pas besoin de vous dire que Pete est maintenant barré du petit resto italien!

***

La langue de Molière a toujours été réputée pour son effet «flanchage de genoux» lorsque savamment employé à bon escient pour faire fondre la jolie étrangère. J’ai toutefois un important message à livrer à tous les Casanova francophones de ce monde. Soyez plus imaginatifs que moi lorsque viendra le temps de souffler votre amour à l’oreille de la douce et n’employez pas la technique dite de la «liste d’épicerie». Les mots carotte, brocoli et banane sont sensiblement les mêmes en anglais, ce qui rend la supercherie des plus évidente. Allez par la suite essayer d’expliquer à l’être cher que la combinaison de ces fruits et légumes en français signifie vraiment que «tes yeux sont beaux comme un coucher de soleil». Pas évident tout de suite ça mes amis!