Dans moins d’une heure sera donné le coup d’envoi de la demi-finale du Mondial de foot opposant la France au Portugal. Alors s’installera dans les rues désertes de Paris un silence inhabituel. Seuls resteront quelques touristes un peu perdus et autres retardataires cherchant anxieusement une petite place dans un bar ou un café diffusant le match, plus bondés que les RER parisiens (métro) en heure de pointe.

Depuis un mois, le cœur des Français bat au rythme de cette équipe de foot qui ne cesse de faire rêver et les discussions au bureau tournent toutes autours d’un même sujet : jusqu’où iront-ils? Tout le monde devient alors expert et y va de pronostics parfois farfelus, toujours partisans.

Je lis les avis d’experts dans le journal sportif l’Équipe le matin en me rendant au bureau et je les fais miens autour de la machine à café. Je ne comprends pas toujours moi-même tout ce que je dis mais l’important dans ce genre de situation c’est d’y croire.

Les parallèles avec le fanatisme montréalais pour le hockey sur glace sont frappants. Les Français sont les plus pessimistes et critique de leur équipe que peuvent l’être les Montréalais.

Après deux matchs préparatoires assez moyens contre la Suisse et la Corée, le verdict fut unanime : les bleus sont vieux, lents et Zidane est mur pour la retraite. Maintenant que l’équipe est sur une chevauchée digne des grands jours de la coupe du monde de 1998 (gagnée par les français), voilà que les Bleus deviennent expérimentés (à ne pas confondre avec vieux!) et Zidane devrait resonger à sa retraite car c’est le plus grand joueur de tous les temps!

Dans deux heures lorsque les bleus auront battus le Portugal 2-0 (voyez que c’est pas difficile d’avoir l’air connaisseur!), les klaxons retentiront dans toute la ville (et durant toute la nuit!) et les gens envahiront les Champs Élysées par milliers.

Après plusieurs années d’échecs difficiles (les Olympiques perdus au profit de Londres, le rejet de la constitution européenne…) et de conflits qui ont stigmatisés la société française (on n’a qu’à penser aux CPE ou aux émeutes dans les banlieues), voilà que le ballon rond vient réconcilier un peuple qui en avait bien besoin.

Demain matin dans le métro, ce sera comme à l’habitude : des wagons bondés et une chaleur suffocante. À une exception près,  les gens souriront. Allez les Bleus!