Je vous écris ce matin de la salle d’attente des bureaux de la caisse primaire d’assurance maladie. J’attends patiemment mon tour afin de recevoir mon numéro de sécurité sociale, équivalent en France de la carte d’assurance-maladie. Ensuite, je dois passer à la préfecture de police pour ma carte de séjour et encore à la banque afin de récupérer ma nouvelle carte Bleue. Bref, j’ai pris congé du bureau en ce lundi pour affronter la terrible machine bureaucratique française.

J’aurais bien des anecdotes à vous raconter au sujet de mes expériences avec la bureaucratie française mais je crois que la plus cocasse reste la perte de ma carte bleue il y a de ça deux semaines.

La carte Bleue en France est l’équivalent de la carte de crédit et de débit au Canada. Elle fait de façon très pratique un deux en un. Du moins, c’est bien pratique jusqu’au jour où vous la perdez parce qu’à ce moment là il ne vous reste plus rien pour retirer au guichet.

J’avais déjà perdu ma carte de crédit au Canada (c’est une habitude chez moi) et l’aventure avait été de bien courte durée. J’ai appelé un numéro sans frais. La banque a annulé ma carte et m’en a tout de suite renvoyé une par la poste. J’ai pu l’activer par téléphone dès la réception. Aucun frais n’a été porté à mon compte. Après tout, les compagnies de crédit prennent leur part du gâteau chaque fois qu’un consommateur effectue une transaction par carte. Ils ont donc bien intérêt à ce que le client ait sa carte en poche.

Les choses ont été quelques peu plus compliquées ici… Après m’être aperçu de la perte de ma carte, j’ai trouvé le numéro de ma banque sur Internet. Un appel a suffit pour faire annuler la carte (ils appellent ça «faire opposition» je crois). C’est là que ça se complique.

Le préposé au bout de la ligne m’informe que je dois écrire une lettre à mon banquier avant qu’il puisse commander une nouvelle carte. Euh? Voici à peu près ce que ça a donné :

Cher Banquier,
J’ai perdu ma carte bleue et j’aimerais s’il vous plaît que vous m’en fabriquiez une nouvelle. Je vous promets que je ferai plus attention la prochaine fois.
Votre très dévoué client.

Une semaine plus tard, je reçois une lettre de ma banque me confirmant l’émission de ma carte. Je dois me rendre à l’agence pour la récupérer. L’agence est loin du bureau où je travaille mais j’y file en vitesse à l’heure de la pause-déjeuner.

Arrivé à l’agence, la gentille caissière, après avoir pitonné un temps interminable sur son ordinateur, m’informe que la carte n’est pas encore arrivée à l’agence. Je fais la grimace. J’ai pourtant reçu une lettre comme quoi la carte était prête. Oui monsieur, elle a été émise mais n’a pas encore été transmise à l’agence. Je repars donc bredouille.

Le lendemain midi, toujours pendant ma pause-déjeuner, je retourne de nouveau à la banque. Cette fois-ci la carte est bien arrivée et la gentille caissière me la remet pour que je la signe au dos. À peine ais-je fini de signer qu’elle reprend subitement la carte. Elle ne peut plus me la donner car l’ordinateur ne veut pas. Et pourquoi donc madame? Que lui ai-je donc fait à votre ordinateur madame? Je ne sais pas monsieur, je vais devoir vous rappeler monsieur.

Je peine à garder mon calme. J’ai beau avoir pris la formule d’abonnement Zen Tranquillité, je ne suis plus zen du tout! Même que je me fâche! Je demande à parler au banquier. Le banquier est parti déjeuner monsieur. Alors, vous allez tout de suite transférer mon compte dans une autre agence madame! Ah non monsieur. Vous devez d’abord aller faire l’inscription dans une autre agence, qui nous transmettra alors votre demande de transfert du compte.

Je capitule… Je fais tout de même un retrait de 300$ pour avoir de quoi vivre le temps que le problème se résolve. En sortant de l’agence, je réalise qu’elle a débité l’argent de mon compte sans même me demander la moindre pièce d’identité. Ça me déprime encore plus!

En revenant au bureau, j’ai un nouveau message sur le répondeur. Le problème est réglé monsieur, vous pouvez revenir chercher votre carte…

***

Je pourrais aussi vous conter la fois où j’ai dû faire de la traduction au bureau d’immigration entre la réceptionniste et un couple d’Indiens parce que ces derniers ne parlaient que l’anglais et que la réceptionniste était unilingue. Une responsable de la réception des immigrants unilingue… J’aurai tout vu!

Il dit quoi l’Indien fâché monsieur? Il dit qu’il est en tabarnac madame… Et il est pas tout seul!

Bon allez, je crois bien que mon numéro est le prochain. Grande respiration. Grand sourire. Bonjour madame! Bonjour monsieur!