Comme l’indique si bien le titre, j’ai aujourd’hui envie de vous causer politique. Je sais que je vous ai habitués aux récits de voyage plutôt légers mais il est plus que temps de rehausser un peu le niveau de ce blogue. Ce n’est pas demain la veille que je gagnerai le Pulitzer du meilleur correspondant à l’étranger si je me contente de faire bêtement la critique de la bureaucratie française. (de toute façon on ne peut pas battre les Français quand vient le temps de critiquer le système et faire la révolution!)

Alors, où en étions-nous? Oui, politique. Voilà. C’est avec grand intérêt que je suis présentement les campagnes électorales québécoise et française. La première tire à sa fin lundi (n’oubliez pas d’aller voter!) alors que la deuxième entre dans la dernière droite (premier tour des présidentielles le 22 avril).

Bien que les cultures politiques française et québécoise soient considérablement différentes, il y a plusieurs parallèles intéressants entre les deux campagnes en cours. Dans les deux cas, on retrouve deux partis traditionnels se partageant le pouvoir  à tour de rôle et dont les clivages se veulent irréconciliables.

Au Québec, ce clivage oppose les idéologies fédéraliste et séparatiste représentés par le Parti Libéral du Québec (PLQ) et le Parti Québécois (PQ… ce qui fait toujours bien rire les Français!). Du côté français, le clivage en est un plus répandu dans les démocraties modernes : gauche vs droite. La gauche est ici représentée par les Socialistes menés par Ségolène Royal et la droite modérée est la chasse-gardée de l’UMP et son chef Nicolas Sarkozy.

Au Québec comme en France, on s’attendait à une campagne opposant ces deux grands courants respectifs tel que ce fut toujours le cas (je fais ici exception de Jean-Marie Le Pen en 2002). Or voilà que dans un cas comme dans l’autre, un troisième homme que l’on n’attendait pas est venu brouiller les cartes et ajouter une nouvelle dimension aux élections.

Au Québec, ce troisième homme s’appelle Mario Dumont (ADQ). Présent dans le paysage politique québécois depuis des lunes malgré son jeune âge, il représente une droite conservatrice et populiste qui jusqu’à tout récemment n’avait jamais semblé avoir le vent dans les voiles au Québec. La principale originalité du programme adéquiste est le refus de prendre clairement position sur la question de l’unité nationale. Alors que les deux partis traditionnels opposent des visions aux antipodes quant à l’avenir du Québec au sein du Canada, Mario Dumont lui essaie de se faufiler au centre en proposant le concept d’autonomie du Québec. Bref, le fameux Québec libre dans un Canada uni!

Une majorité de Québécois dont je fais parti sont las de ces querelles fédéralistes/séparatistes et constatent que le projet souverainiste tel que présenté par le parti Québécois s’essouffle et ne réussi plus à soulever l’enthousiasme qu’il a déjà suscité. Devant ce constat d’échec et ne pouvant non plus se résoudre à la conception  du fédéralisme multiculturel canadien où le Québec est considéré comme une province au même titre que les autres, plusieurs Québécois sont à la recherche d’une troisième voie.

Malheureusement, lorsque l’on regarde de plus près la voie «autonomiste» proposée par Mario Dumont, on se rend vite compte qu’elle relève d’un utopisme sans aucune mesure. Vraiment, y a-t-il encore des politiciens au Canada qui sont prêts à rouvrir le dossier de la constitution? Lorsque l’on sait les traumatismes et déchirements que cela a causés dans le passé…

En France, le troisième homme s’appelle François Bayrou. Il propose lui aussi de faire éclater les anciens clivages gauche-droite et se veut essentiellement centriste. Un nombre important de Français ont été séduits par cette éventuelle troisième voie.

Depuis une semaine toutefois, la candidature de François Bayrou semble avoir plafonné dans les intentions de votes. Ici aussi, on voit les limites de ce concept qui se veut unificateur mais qui pourrait se révéler n’être que de la poudre aux yeux.

La nouvelle politique de la semaine en France nous vient plutôt de ce nouveau sondage qui fait état d’une égalité parfaite entre Royal et Sarkozy, soit le même pourcentage de vote pour les deux candidats au premier comme au deuxième tour.

C’est un signe frappant du désir des Français d’être gouverné au centre!

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Malheureusement et à ma grande déception, je ne voterai dans ni une ni l’autre de ces élections. Je m’y suis pris trop tard pour pouvoir voter par correspondance au Québec et j’ai le temps de faire quelques cheveux gris avant de pouvoir voter en France!

Et si j’avais pu voter au Québec? Mon vote serait allé au parti québécois. Je ne suis toutefois pas d’humeur à leur accorder un gouvernement majoritaire. Gagner avec moins de 30% du suffrage forcerait le parti à revoir en profondeur sa raison d’être et éloignerait le spectre d’un nouveau référendum. Il est plus que temps que ce parti mette un peu d’eau dans son vin et cherche des voies alternatives à l’affirmation du Québec. La voie référendaire n’a plus l’adhésion d’une grande majorité de Québécois et le parti finira par se couler lui-même s’il persiste dans cette voie.

Et en France? Il reste encore un mois avant le premier tour… J’aurai le temps de vous en reparler!