July 2007


Jour 14 – New York
850 km – 44,45 heures de velo – 1 crevaison

De Boston à New York, il n’est qu’une grande banlieue, entrecoupée ça et là de quelques riches villégiature. Le Rhode Island et la pointe du Long Island nous offrirent des bords de mers ravissants, nos premières plages du voyage et des déluges qui surprennent encore. Le reste par contre tient du stationnement et de la station-service.

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Réparation d’une crevaison sur le bord de la route

Le rythme nomade est maintenant pleinement embrassé d’autant plus qu’il est ponctuellement choqué par nos visites citadines. Nous avons donc laissé (à Montréal) l’état d’esprit qui demande la stabilité, la prévisibilité et d’autres certitudes. Désencombré des demandes renouvelées que formule notre besoin incessant de sécurité, le voyage se vit et se formule à la vitesse de nos kilomètres. Notre corps autant que notre esprit adoptent la prémisse du présent : ils ne sauraient peut-être en faire autrement tant nos journées, du levé au couché, connaissent aventures et bouleversements.

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Embarqués derrière un pick-up pour traverser un pont

Le trajet, nullement prévu, n’a que pour lointain objectif la Floride. Entre les deux, impossible de dire par quelle route nous passerons dans la semaine qui suit. Un pompiste bienveillant, un hôte zélé, une passante bien renseignée, un ex-détenu enthousiaste suggèrent tous des chemins à suivre. Fort de notre expérience, nous ponctuons le tout de bon sens, d’instinct et ne faisons plus l’erreur de se fier à ces gens question millage ; règle de base, multiplier par deux toute indication de distance. Après tout, ce sont des automobilistes et non des cyclistes!

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Sur le bord de la plage à Long Island

C’est le nomadisme cycliste qui nous attire les rencontres, qui nous penche sur les beautés qu’a à offrir cette côte, autant que ses difficultés. C’est cette réalité en fait, pleine, diversifiée, tantôt dangereuse, tantôt séduisante qu’une route imprévisible nous offre, pour tant nous ravir et nous choquer.

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Vélo sur le bord de la page à Long Island

Insolite motard qui nous offre le café après la pluie, généreux retraités ou dévots qui nous ont hébergés, vacanciers et chauffeurs qui nous ont pris sur le pouce pour traverser certaines impasses routières : tous ponctuent notre voyage d’agréable façon. Sans doute est-ce aussi dans la difficulté, pris à innover pour poursuivre notre chemin que les anges du cyclisme ou ceux du Seigneur aiment à se faire connaître (vraiment, ce sont les deux factions prédomintantes de nos bons Samaritains).

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Nous repartons demain matin de New York. Cette mégapole nous a laissé pantois par son exubérance et l’énergie qu’elle dégage. Une véritable orgie des sens à laquelle on se sent plus spectateur que participant. Deux jours ici sont loin d’être suffisants mais la Floride est encore loin et le tiers du voyage est déjà derrière nous.

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Brooklyn Bridge à New York photographié des berges de Brooklyn

Prochaine étape Washington. Suite aux recommandations que nous avons reçues, nous longerons la côte Atlantique pour éviter les Appalaches. Nous descendrons donc le New Jersey avant de prendre le traversier d’où nous couperons vers l’ouest à travers le Delaware et jusqu’à Washington, DC. Environ 500 km à avaler avant de vous redonner des nouvelles.

Expression symptomatique des conversations impersonnelles et sans interêt: parler de la pluie et du beau temps. C’est aussi une gentille façon d’introduire la conversation; en d’autres termes, de se jeter a l’eau. Le Vermont, le New Hampshire et le Massachusetts sont ravissants, vallonnés et verdoyants. Les routes secondaires suivent les courts d’eaux et nous font traverser de denses forêts et de nombreux villages.

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Descentes sur les routes sinueuses et mouillées du Vermont

Nous avons eu notre dose de villages en perditions et de villages de deux maisons/station service (ça nous fait de maigres lunchs, des fois). Plusieurs villages maintiennent une forme surprenante, des devantures joliement restorées, une ambiance de village du siècle dernier bien conservée et des drapeaux étoiles, ha! ça on ne saurait trop en brandir!

À ce décor, nous somme exposés. Ainsi , la banale température dont nos maisons climatisées nous protégeait, revêt une toute nouvelle importance. Ce sont donc les premiers mots de nos échanges et non les derniers qui retiennent toute notre attention. Bien sur nous dirons éventuellement, «nous allons à Miami», «Oui, en effet, ce sera en vélo», «Oui oui, nous venons de Montréal avec tous nos bagages». Ça étonne toujours, mais c’est déjà un quasi automatisme. Ce qui nous intéresse, en temps que cycliste, c’est: Quant va-t-il pleuvoir? C’est là que nous pressons le citron, que nous extorquons les précisions.

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Arrivée joyeuse dans l’état du New Hampshire

Après cinq jours de pluies diluviennes, d’orages tonitruants, d’averses imprévisibles et d’une rare puissance, notre baromètre interne s’ajuste au climat de la Nouvelle Angleterre. Forts de nos conversations ponctuelles et de notre instinct ancestral renouvelé, nous veillons maintenant au grain: c’est une question de seconde entre être au sec ou complètement trempés, de monter la tente sous l’averse ou d’y être confortablement installés. Heureusement, nos interlocuteurs en ont toujours long à raconter sur la pluie et le beau temps; toutes les statistiques et prévisions a long terme sont les bienvenues. Ce n’est pas que nous soyons devenus malpolis, mais la pluie justifie les moyens, comme on dit.

A coup sur, en pédalant vers le Sud, il faudra enchainer de nouveaux sujets après avoir ouvert la conversation sur un banal: “Yes, 0% probability of rain, blue sky and foracasted sun for the next five days!”

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On traine notre maison sur le vélo comme des escargots!

Nous avons beau habiter tout proche de la frontière des Etats-Unis, c’est avec curiosité et étonnement que nous découvrons pour la première fois ce qui constitue vraiment l’âme de ce pays : les gens qui y habitent.

L’Américain moyen a été analysé, disséqué et jugé de bien des façons, souvent négatives et biaisées par la perception de l’administration actuelle. Tout le monde a son opinion sur les USA, ses idées préconçues et ses jugements arrêtés. C’est avec ce bagage de perceptions que nous avons pris la route il y a une semaine.

 

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Dîner pluvieux devant la station-service

Nous sommes partis avec la ferme résolution d’aller vers les gens et faire des rencontres. En ce sens, nous sommes littéralement allés cogner aux portes pour demander un petit coin de jardin, afin de monter notre tente pour la nuit. C’est avec étonnement (et beaucoup de soulagement) que nous découvrons et apprécions la légendaire hospitalité americaine.

D’abord etonnés et incertains par rapport à notre drôle de requête, les gens qui nous ont hébergés cette dernière semaine nous ont offert le café alors que nous grelotions sous l’orage, la douche alors que le subtil mélange de crasse, sueur, crème solaire et chasse-moustique nous collait au corps comme une seconde peau, de partager le souper alors que nous avions besoin de réconfort.

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Ludo préparant un bon souper de pâtes!

Face a cette bienveillance, nous avons aussi rencontre l’Amérique qui a peur, qui vit dans la méfiance de son prochain. Parmi les exemples frappants, il me vient en tête cette rencontre presque irréelle avec un homme en banlieue de Boston qui sortait le jour même de quatre années de prison. Il nous recommandait de faire bien attention parce qu’il y a beaucoup de personnes mal intentionnées dans les environs. Lui? Ça ne compte pas voyons, il n’avait fait que battre violemment un agresseur présumé d’enfant. Pas un vrai criminel en soit.

Bienveillante et appeurée, tel est la perception incomplète que nous avons des Etats-Unis après cette première semaine.

Prochaine étape New-York. Nous avions d’abord songé à contourner la Big Apple mais sa présence est trop importante, l’attraction trop forte. Nous devrions y être d’ici trois jours.

Tout s’enchaîne à la vitesse grand V présentement. De mon retour de Paris lundi jusqu’à ce soir, veille de notre départ, j’ai l’impression que tout déboule trop vite. J’ai peine à croire que nous partons demain à l’aventure. Je ne réalise d’ailleurs pas encore tout à fait que je suis de retour de Paris…

Nos plans de voyage ont fluctué tout au long de la semaine avant que nous arrêtions un tracé final. Suite au désistement de Philippe pour des raisons personnelles, Ludovic et moi avons décidé de revoir quelque peu l’itinéraire.

Le plan initial de partir de Montréal pour se rendre à San Francisco (environ 6000 km) nous semblait impossible  à réaliser en seulement six semaines. En excluant les jours de repos et de visites, nous estimons pédaler entre 30 et 32 jours.  Nous avons donc revu les plans pour viser un itinéraire plus raisonnable d’environ 4000 km, soit des moyennes de 130 km de vélo par jour.

Après avoir retourné la carte des États-unis dans tous les sens et considéré des facteurs tels les vents dominants et les températures extrêmes dans le sud du pays, nous nous sommes finalement entendus sur un tracé. Celui-ci relie Montréal à Miami en Floride en passant par plusieurs grandes villes de la côte est des États-unis.

La première étape nous mènera de Montréal à Boston en passant pour la Montérégie, le Vermont, le New Hampshire et le Massachsetts. Nous espérons arriver à Boston d’ici samedi prochain au plus tard.

Le temps annoncé pour les prochains jours est gris et pluvieux. Le moral et l’imperméabilité du matériel seront donc mis à l’épreuve. Nous escomptons tout de même un retour du balancier au bout du trajet. Les températures suffocantes et le soleil de plomb seront sûrement au rendez-vous en Floride au mois d’août!

Si vous avez des conseils sur les endroits ou routes à ne pas manquer ou encore si vous connaissez des gens accueillants sur la côte est des Etats-Unis qui ont un petit coin de verdure dans leurs cours arrières pour accueillir la tente de deux cyclistes itinérants l’espace d’une nuit, ne vous gênez pas pour nous écrire. Les voyages sont toujours propices aux rencontres.

Là-dessus, nous levons les amarres. Gardez-nous au courant de ce qui se passe chez vous, cela fait toujours plaisir d’avoir un peu de nouvelles pendant le voyage. Nous tâcherons de vous faire un résumé de cette première semaine de voyage une fois arrivés à Boston.