Expression symptomatique des conversations impersonnelles et sans interêt: parler de la pluie et du beau temps. C’est aussi une gentille façon d’introduire la conversation; en d’autres termes, de se jeter a l’eau. Le Vermont, le New Hampshire et le Massachusetts sont ravissants, vallonnés et verdoyants. Les routes secondaires suivent les courts d’eaux et nous font traverser de denses forêts et de nombreux villages.

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Descentes sur les routes sinueuses et mouillées du Vermont

Nous avons eu notre dose de villages en perditions et de villages de deux maisons/station service (ça nous fait de maigres lunchs, des fois). Plusieurs villages maintiennent une forme surprenante, des devantures joliement restorées, une ambiance de village du siècle dernier bien conservée et des drapeaux étoiles, ha! ça on ne saurait trop en brandir!

À ce décor, nous somme exposés. Ainsi , la banale température dont nos maisons climatisées nous protégeait, revêt une toute nouvelle importance. Ce sont donc les premiers mots de nos échanges et non les derniers qui retiennent toute notre attention. Bien sur nous dirons éventuellement, «nous allons à Miami», «Oui, en effet, ce sera en vélo», «Oui oui, nous venons de Montréal avec tous nos bagages». Ça étonne toujours, mais c’est déjà un quasi automatisme. Ce qui nous intéresse, en temps que cycliste, c’est: Quant va-t-il pleuvoir? C’est là que nous pressons le citron, que nous extorquons les précisions.

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Arrivée joyeuse dans l’état du New Hampshire

Après cinq jours de pluies diluviennes, d’orages tonitruants, d’averses imprévisibles et d’une rare puissance, notre baromètre interne s’ajuste au climat de la Nouvelle Angleterre. Forts de nos conversations ponctuelles et de notre instinct ancestral renouvelé, nous veillons maintenant au grain: c’est une question de seconde entre être au sec ou complètement trempés, de monter la tente sous l’averse ou d’y être confortablement installés. Heureusement, nos interlocuteurs en ont toujours long à raconter sur la pluie et le beau temps; toutes les statistiques et prévisions a long terme sont les bienvenues. Ce n’est pas que nous soyons devenus malpolis, mais la pluie justifie les moyens, comme on dit.

A coup sur, en pédalant vers le Sud, il faudra enchainer de nouveaux sujets après avoir ouvert la conversation sur un banal: “Yes, 0% probability of rain, blue sky and foracasted sun for the next five days!”

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On traine notre maison sur le vélo comme des escargots!

Nous avons beau habiter tout proche de la frontière des Etats-Unis, c’est avec curiosité et étonnement que nous découvrons pour la première fois ce qui constitue vraiment l’âme de ce pays : les gens qui y habitent.

L’Américain moyen a été analysé, disséqué et jugé de bien des façons, souvent négatives et biaisées par la perception de l’administration actuelle. Tout le monde a son opinion sur les USA, ses idées préconçues et ses jugements arrêtés. C’est avec ce bagage de perceptions que nous avons pris la route il y a une semaine.

 

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Dîner pluvieux devant la station-service

Nous sommes partis avec la ferme résolution d’aller vers les gens et faire des rencontres. En ce sens, nous sommes littéralement allés cogner aux portes pour demander un petit coin de jardin, afin de monter notre tente pour la nuit. C’est avec étonnement (et beaucoup de soulagement) que nous découvrons et apprécions la légendaire hospitalité americaine.

D’abord etonnés et incertains par rapport à notre drôle de requête, les gens qui nous ont hébergés cette dernière semaine nous ont offert le café alors que nous grelotions sous l’orage, la douche alors que le subtil mélange de crasse, sueur, crème solaire et chasse-moustique nous collait au corps comme une seconde peau, de partager le souper alors que nous avions besoin de réconfort.

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Ludo préparant un bon souper de pâtes!

Face a cette bienveillance, nous avons aussi rencontre l’Amérique qui a peur, qui vit dans la méfiance de son prochain. Parmi les exemples frappants, il me vient en tête cette rencontre presque irréelle avec un homme en banlieue de Boston qui sortait le jour même de quatre années de prison. Il nous recommandait de faire bien attention parce qu’il y a beaucoup de personnes mal intentionnées dans les environs. Lui? Ça ne compte pas voyons, il n’avait fait que battre violemment un agresseur présumé d’enfant. Pas un vrai criminel en soit.

Bienveillante et appeurée, tel est la perception incomplète que nous avons des Etats-Unis après cette première semaine.

Prochaine étape New-York. Nous avions d’abord songé à contourner la Big Apple mais sa présence est trop importante, l’attraction trop forte. Nous devrions y être d’ici trois jours.