07 Touramerica


3300km
5 crevaisons
Jour 44

Nous faisons maintenant des kilomètres en sens inverse, de Orlando vers Montréal à une vitesse fulgurante. Le vélo dans les soutes, assis au hublot (un rien rêveur) l’aventure cycliste une fois de plus se termine. Le rythme de vie souple et haletant à la fois, l’effort physique, le grand air, les découvertes incessantes et la roulotte sur deux roues font plus que jamais partie de notre vie et nourrissent bien sûr de nouveaux défis cyclosportifs! Dans la carlingue aseptisée de notre 737, nostalgiques d’une vie qui ne sera plus nôtre pour un certain temps, nous nous faisons une liste d’incontournables habitudes qui, en milieu urbain, nous reconnecterons momentanément avec cette réalité que nous quittons.

  1. Remplir nos gourdes d’eau au McDo du coin. Y mettre de la limonade quand personne ne nous espionne.
  2. Faire une toilette complète à l’aide d’une seule serviette jetable Pampers.
  3. Manger un lunch aux sardines en boîte dans l’entrée d’un supermarché quelconque (assis par terre, évidemment).
  4. Faire une brassée à la buanderie en bédaine/pieds nus faute de vêtements de rechange.
  5. Manger du gruau Quaker le matin. Trente jours d’affilés.
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    Bienvenue en Floride!

  7. Revenir à un rythme de sommeil plus “naturel”: couché avec le soleil, levé à 6h30.
  8. Garder un oeil sur l’actualité internationale par l’entremise de couvertures de magasines situés devant les caisses des supermarchés. Britney Spears, quelle mauvaise mère!
  9. Organiser toute sa garde-robe dans des sacs Ziplock pour les préserver de la pluie.
  10. Perdre son déjeuner à des ratons-laveurs durant la nuit, trois fois d’affilées (régime minceur pour les intéressés)!
  11. Se retenir d’aller pisser la nuit de peur de se faire attaquer par des moustiques enragés.
  12. Faire tenir toutes ses possessions personnels dans l’équivalent de 4 sacs d’épicerie (oui oui, c’est pas bien gros nos sacoches de vélo).

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Aux portes de Walt Disney


Déjà le métro, boulot, dodo qui reprend avec comme seule ligne visible de notre virée à vélo notre bronzage inégal et nos cuisses gonflées au gruau (voir point 5 ci-haut). Derrière nos écrans d’ordinateur nous formenterons la prochaine rebellion contre la routine, chercherons prétexte à vivre de nouvelles aventures à deux-roues. Faute d’avoir pu vous transporter dans nos sacoches (on est fort, mais il y a des limites), nous espérons vous avoir partagé un brin de notre folle aventure, au quel vous avez fait suite de coups de pouces virtuelles et d’encouragements des plus appréciés!

Après une longue journée de vélo, 5 à 6 heures en selle, 120 à 150 kilomètres dans les jambes, la question du logis se pose. Nombreuses de nos rencontres firent suite à ce porte à porte de fin de journée, hebergés sur la propriété de sympathiques locaux.

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Derrière une église en Caroline du Sud

Les jours ne se ressemblant pas, d’autres possibilités sont toujours à envisager – il est souvent étonnant de remarquer le haut taux d’absentéisme d’hôtes possibles durant notre recherche de logis, ou la disparition diabolique des sonnettes.

Centrales à toutes les communautés, du Nord comme du Sud, plus fréquentes que les McDo ou les BurgerKing, ou même les stations services, les églises, qui comptent une pléiade de factions (protestantes, Baptistes, évangeliques du 7e jours, témoins de jeovah, free will Church etc.) nous offrent un logis de premier choix. Pour notre plus grand confort, ces lieux saints ont l’eau courante, toilettes et douches, et tables de pique-nique – plus joyeux que de manger sur le plancher des vaches. En plus de ces avantages comparatifs, quel pasteur pourrait nous refuser une telle hospitalité?

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Souper devant la van épiscopale…

Par ces visites fréquentes (et pieuses), nous reconnaissons l’importance que ces églises ont par ici, et la vivacité dont elles font preuve. Ces complexes (car il s’agit souvent d’une église, d’une salle communautaire adjacente, d’un certain terrain et de vans pour excursions), en très bon état, comptent donc sur une communauté dynamique de jeunes et de moins jeunes. Ici, tout le monde semble avoir le numéro de téléphone du pasteur du coin sur «speed dial» quand nous voulons leur approbation pour planter la tente! Plusieurs fidèles à la «Ned Flanders» nous ont bien fait rire par leur gentillesse et leur bonhommie.

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Tente derrière une église baptiste de Long Island

En plus des “vieux”, les jeunes s’y retrouvent aussi en grand nombre, l’église locale étant souvent un point de rencontre, en rase campagne, pour toutes sortes d’activités sportives, films, soupers et autres. On s’y joindrait volontiers si nous n’avions pas les milles bornes de vélo dans les jambes! Et évidemment, au petit matin, n’est-il pas opportun de se laisser sur un “God bless you” ou un “I’ll pray for you”?

Allez, on le prend volontiers, et on poursuit notre route!

Charleston (SC)
Jour 33
2513 km
4 crevaisons

Conversation type avec les gens que l’on rencontre sur la route, au supermarché, au restaurant:

- Wow, vous êtes débiles de faire du vélo à une chaleur pareille les gars! Il doit bien faire 40 degrés dehors!

- Ouais, on s’y fait. (pas vraiment mais on aime se donner des airs de durs à cuire)

- Vous allez ou comme ça?

- En Floride.

Regard incrédule. Yeux ronds.

- En Floride? A vélo? No way! C’est bien à plus de 1000 km d’ici.

On sourit. On attend la prochaine question. C’est toujours la même :

- Et vous venez d’où avec vos vélos?

- Du Canada. (plus la peine de mentionner Montréal à ce point-ci, les gens ont déjà assez de difficulté à localiser le Canada)

- du Canada? Vous voulez dire un village dans le coin qui s’appelle Canada. Pas le Canada tout au Nord?!

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Tente et velo sur le bord de la mer

De l’admiration, les gens nous jugent maintenant avec beaucoup d’incompréhension.

- Vous le faites pour une cause? Pour amasser des fonds? Il n’y a pas d’autos au Canada? Qui prendrait six semaines de vacances pour faire du vélo à une telle chaleur quand on peut rester écrasé à la maison à écouter Oprah à l’air climatisé?!

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Ludo dans les nuages

Il faut dire que les choses se sont corsées depuis quelques jours. La chaleur et l’humidité sont si intenses que la crème solaire n’arrive plus a pénétrer nos peaux. Elle coule le long de nos bras en laissant de longues trainées blanchâtres. Nos lunettes s’embuent dès que nous nous arrêtons et nous arrivons difficilement à boire assez pour rester bien hydratés.

Nous n’avons croisé aucun cycliste depuis la Virginie et le cyclo-touriste passe pour un extra-terrestre dans cet univers de pick-ups climatisés. Encore que le cyclisme dans le sud des Etats-Unis inspire tout de même un peu plus de respect depuis qu’un certain Texan a remporté sept Tour de France…

***

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Il n’y a rien comme un melon bien frais pour finir la journée

De Charleston, la route nous mènera encore et toujours vers le sud direction le Géorgie. Nous suivrons la côte pour passer par Savanah (capitale de la Géorgie) jusqu’à Jacksonville en Floride. La destination finale est Orlando. Nous avons maintenant atteint un bon rythme de croisière avec des journées entre 120 et 150 kilomètres. Sauf pépin majeur, nous devrions arriver a destination d’ici une semaine.

Portsmouth
1700 km
89h de vélo
2 crevaisons (et un nouveau tube de cadre;)
jour 25

Depuis notre dernière entrée à New York, nous avons cumulé plus de 1000 kilomètres et avons franchi la ligne imaginaire, quoique bien réel, qui sépare le Nord du Sud des Etats-Unis. Après avoir été initiés a l’esprit révolutionnaire et indépendantiste dont l’histoire de la région de Boston regorge, c’est au tour de Washington d’en rajouter à ces ideaux historiques d’indépendance et de liberté et de nous guider sur les chemins d’autres grands debats idéologiques tel l’incontournable guerre civile americaine. Nous circulons donc depuis quelques temps à travers d’anciens champs de bataille et lieu de manoeuvres historiques tant de la guerre d’indépendance que de la guerre de sécession.

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Une bonne rasade de thé glacé pour rester hydraté

De Washington, nous poursuivons notre route vers la côte de la Virgine, état qui célèbre ces 400 ans de fondations en ce moment, pour ensuite continuer vers le Sud, comme il se doit. Arrêt forcé à Portsmouth près de Norfolk, port de la flotte de la US Navy: l’inattendu nous guette toujours. Bris mécanique, la rupture de mon cadre ne se répare pas avec de la ficelle ou de la “crazy glue”; on fait donc appel a un spécialiste qui, comble du bonheur (dans les circonstances) se trouve sur notre route, direction la Floride. Le magicien joue du fer a souder, on espère qu’il fera vite et bien. Pour passer le temps, visites et autres. On se rend compte que les militaires, tout comme les étudiants, les personnes de l’age d’or ou les enfants, ont droit au tarif réduit un peu partout. Nous avons rajouté a cette liste le “cycliste qui traverse les Etat-Unis”: ça aussi, depuis hier soir, ça donne droit a un tarif réduit au cinéma!

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Sur une route de campagne en Virginie

En progressant à travers le Sud des Etats-Unis, nous aiguisons peu à peu nos oreilles, tout en restant pantois devant les moeurs différentes. Oui, il faut vraiment prêter l’oreille ici, d’autant plus, en général quand il s’agit de noirs que de blancs (ça y est, on en parle, c’est parti!). Des mots et réflexions impossibles: ne fusse que de demander des directions routières peut etre laborieux. Et puis, les gens nous lancent, des “How yu doin, son?” ou des “What is goin on fellas?” auquels ça a pris un certain temps pour savoir quoi y repondre. Souvent, relancer la meme expression dans le sens inverse est suffisant. Question pour question, on clos la conversation, qui n’a jamais debutée de toute façon. Peut-être que “Hi there” serait plus simple et direct, mais bon, une fois au diapason, on s’en sort quand même et on baigne dans les variations régionales.

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Réveil matinal brumeux

La chaleur est maintenant totalement débile, l’humidité aussi: on crame litteralement au soleil, on passe des litres d’eau à une rapidité phénoménale (et des crèmes glacées aussi, à la guerre comme à la guerre). Dans le cas où la chaleur nous accable, continuer de pedaler est bien la seule facon de s’accorder un peu de vent. Au pays du fast-food et du drive-thru, plus besoin de s’arrêter pour faire un retrait bancaire. Après Burger King, McDo et autres (qui sont considérés ici comme des “vrai restaurants”, les faux étant les petits “dinners” du coin: non mais, on ne rit plus ici avec la fine cuisine!), les banques locales nous permettent de rester à vélo en toute circonstance, drive-thru oblige. Ça doit renforcer en outre l’attachement à la voiture, aux pick-ups monstreux et autres engins diformes et sur-dimensionnés qui sévissent ici. Les VR et maisons mobiles qui frôlent le déménagement complet et totale des (grosses) familles vacancières sont aussi impressionnants, surtout quand il s’agit de planter sa tente au milieu de la nature, entre deux de ces appartements mobiles et d’entendre leurs climatisateurs se fondrent avec le bruit des oiseaux et criquets: douce musique pour bercer nos nuits (insomniaques).

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En règle générale, et valable pour tous (Americains du Sud, évidemment), il faut toujours laisser le moteur du vehicule tourner, que ce soit pour faire un arrêt au fast-food, ou au dépanneur: on ne sait jamais, le moteur pourrait refroidir entre temps et peut-etre ne pas redémarrer! Et comme la chaleur ne suffit pas, le froid nous tourmante itou. Aussi fou que ça puisse sembler, la clim tourne a fond partout, et nous frôlons la pneumonie à chaque épicerie!

19h15. Il pleut à boire debout. Nous sommes arrêtés sous le porche d’une station-service désaffectée en Virginie, pris par surprise par un orage d’une rare intensité. La journée a été particulièrement exténuante : boulevards commerciaux achalandés, routes aux vallons accordéons, le tout sous une chaleur tropicale. Et nous voila maintenant piègés par l’orage à moins d’une heure du couché du soleil avec nul part où loger. Il y a de ces journées…

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Rien de mieux qu’un sandwich à la crème glacée pour les fringales d’après-midi

Profitant d’une courte accalmie, nous remontons sur nos vélos avec l’intention de demander l’hospitalité au premier venu. L’heureux élu s’appelle Harold, il est plombier et possède une grande cour derrière la maison pour que nous puissions monter la tente. Il a un accent du sud fort prononcé et nous ne comprenons pas tout. Mais sa poignée de main vigoureuse semble indiquer qu’il n’y a pas de problème à ce que l’on passe la nuit.

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En route sur le vélo!

Le campement est donc rapidement monté et on se lance dans la préparation du souper avant que l’orage ne revienne. Malheureusement, avant même que l’eau des pâtes ne bouille, l’orage gronde a nouveau et les éclairs lézardent le ciel. Nous devons nous résoudre a nous réfugier dans la tente le ventre vide. Dans notre précipitation, nous n’avons pas fait attention a l’emplacement de la tente. Erreur de débutant : la tente est montée dans un creux de terrain et l’inondation est inévitable.

C’est souvent dans ces moments difficiles que notre bonne étoile brille. De fait, notre hôte brave la pluie pour venir nous inviter a trouver refuge au sec a l’intérieur. S’en suivent les présentations avec la famille et un bon repas bien gras autour de la table. Nous sommes un peu gênés par tant d’attention mais comment refuser une bonne bière froide et une douche après une telle journée?

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Photo de famille chez nos hôtes

L’orage n’ayant pas épargné les pylônes électriques, la soirée s’achève à la chandelle. C’est repus et soulagés que nous nous endormons ce soir. Le lendemain sur nos vélos, nous songerons a l’infime probabilité de passer une soirée à la table d’un plombier de Virginie. L’aventure à deux roues nous fait voyager autrement.

Jour 14 – New York
850 km – 44,45 heures de velo – 1 crevaison

De Boston à New York, il n’est qu’une grande banlieue, entrecoupée ça et là de quelques riches villégiature. Le Rhode Island et la pointe du Long Island nous offrirent des bords de mers ravissants, nos premières plages du voyage et des déluges qui surprennent encore. Le reste par contre tient du stationnement et de la station-service.

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Réparation d’une crevaison sur le bord de la route

Le rythme nomade est maintenant pleinement embrassé d’autant plus qu’il est ponctuellement choqué par nos visites citadines. Nous avons donc laissé (à Montréal) l’état d’esprit qui demande la stabilité, la prévisibilité et d’autres certitudes. Désencombré des demandes renouvelées que formule notre besoin incessant de sécurité, le voyage se vit et se formule à la vitesse de nos kilomètres. Notre corps autant que notre esprit adoptent la prémisse du présent : ils ne sauraient peut-être en faire autrement tant nos journées, du levé au couché, connaissent aventures et bouleversements.

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Embarqués derrière un pick-up pour traverser un pont

Le trajet, nullement prévu, n’a que pour lointain objectif la Floride. Entre les deux, impossible de dire par quelle route nous passerons dans la semaine qui suit. Un pompiste bienveillant, un hôte zélé, une passante bien renseignée, un ex-détenu enthousiaste suggèrent tous des chemins à suivre. Fort de notre expérience, nous ponctuons le tout de bon sens, d’instinct et ne faisons plus l’erreur de se fier à ces gens question millage ; règle de base, multiplier par deux toute indication de distance. Après tout, ce sont des automobilistes et non des cyclistes!

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Sur le bord de la plage à Long Island

C’est le nomadisme cycliste qui nous attire les rencontres, qui nous penche sur les beautés qu’a à offrir cette côte, autant que ses difficultés. C’est cette réalité en fait, pleine, diversifiée, tantôt dangereuse, tantôt séduisante qu’une route imprévisible nous offre, pour tant nous ravir et nous choquer.

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Vélo sur le bord de la page à Long Island

Insolite motard qui nous offre le café après la pluie, généreux retraités ou dévots qui nous ont hébergés, vacanciers et chauffeurs qui nous ont pris sur le pouce pour traverser certaines impasses routières : tous ponctuent notre voyage d’agréable façon. Sans doute est-ce aussi dans la difficulté, pris à innover pour poursuivre notre chemin que les anges du cyclisme ou ceux du Seigneur aiment à se faire connaître (vraiment, ce sont les deux factions prédomintantes de nos bons Samaritains).

***

Nous repartons demain matin de New York. Cette mégapole nous a laissé pantois par son exubérance et l’énergie qu’elle dégage. Une véritable orgie des sens à laquelle on se sent plus spectateur que participant. Deux jours ici sont loin d’être suffisants mais la Floride est encore loin et le tiers du voyage est déjà derrière nous.

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Brooklyn Bridge à New York photographié des berges de Brooklyn

Prochaine étape Washington. Suite aux recommandations que nous avons reçues, nous longerons la côte Atlantique pour éviter les Appalaches. Nous descendrons donc le New Jersey avant de prendre le traversier d’où nous couperons vers l’ouest à travers le Delaware et jusqu’à Washington, DC. Environ 500 km à avaler avant de vous redonner des nouvelles.

Expression symptomatique des conversations impersonnelles et sans interêt: parler de la pluie et du beau temps. C’est aussi une gentille façon d’introduire la conversation; en d’autres termes, de se jeter a l’eau. Le Vermont, le New Hampshire et le Massachusetts sont ravissants, vallonnés et verdoyants. Les routes secondaires suivent les courts d’eaux et nous font traverser de denses forêts et de nombreux villages.

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Descentes sur les routes sinueuses et mouillées du Vermont

Nous avons eu notre dose de villages en perditions et de villages de deux maisons/station service (ça nous fait de maigres lunchs, des fois). Plusieurs villages maintiennent une forme surprenante, des devantures joliement restorées, une ambiance de village du siècle dernier bien conservée et des drapeaux étoiles, ha! ça on ne saurait trop en brandir!

À ce décor, nous somme exposés. Ainsi , la banale température dont nos maisons climatisées nous protégeait, revêt une toute nouvelle importance. Ce sont donc les premiers mots de nos échanges et non les derniers qui retiennent toute notre attention. Bien sur nous dirons éventuellement, «nous allons à Miami», «Oui, en effet, ce sera en vélo», «Oui oui, nous venons de Montréal avec tous nos bagages». Ça étonne toujours, mais c’est déjà un quasi automatisme. Ce qui nous intéresse, en temps que cycliste, c’est: Quant va-t-il pleuvoir? C’est là que nous pressons le citron, que nous extorquons les précisions.

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Arrivée joyeuse dans l’état du New Hampshire

Après cinq jours de pluies diluviennes, d’orages tonitruants, d’averses imprévisibles et d’une rare puissance, notre baromètre interne s’ajuste au climat de la Nouvelle Angleterre. Forts de nos conversations ponctuelles et de notre instinct ancestral renouvelé, nous veillons maintenant au grain: c’est une question de seconde entre être au sec ou complètement trempés, de monter la tente sous l’averse ou d’y être confortablement installés. Heureusement, nos interlocuteurs en ont toujours long à raconter sur la pluie et le beau temps; toutes les statistiques et prévisions a long terme sont les bienvenues. Ce n’est pas que nous soyons devenus malpolis, mais la pluie justifie les moyens, comme on dit.

A coup sur, en pédalant vers le Sud, il faudra enchainer de nouveaux sujets après avoir ouvert la conversation sur un banal: “Yes, 0% probability of rain, blue sky and foracasted sun for the next five days!”

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On traine notre maison sur le vélo comme des escargots!

Nous avons beau habiter tout proche de la frontière des Etats-Unis, c’est avec curiosité et étonnement que nous découvrons pour la première fois ce qui constitue vraiment l’âme de ce pays : les gens qui y habitent.

L’Américain moyen a été analysé, disséqué et jugé de bien des façons, souvent négatives et biaisées par la perception de l’administration actuelle. Tout le monde a son opinion sur les USA, ses idées préconçues et ses jugements arrêtés. C’est avec ce bagage de perceptions que nous avons pris la route il y a une semaine.

 

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Dîner pluvieux devant la station-service

Nous sommes partis avec la ferme résolution d’aller vers les gens et faire des rencontres. En ce sens, nous sommes littéralement allés cogner aux portes pour demander un petit coin de jardin, afin de monter notre tente pour la nuit. C’est avec étonnement (et beaucoup de soulagement) que nous découvrons et apprécions la légendaire hospitalité americaine.

D’abord etonnés et incertains par rapport à notre drôle de requête, les gens qui nous ont hébergés cette dernière semaine nous ont offert le café alors que nous grelotions sous l’orage, la douche alors que le subtil mélange de crasse, sueur, crème solaire et chasse-moustique nous collait au corps comme une seconde peau, de partager le souper alors que nous avions besoin de réconfort.

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Ludo préparant un bon souper de pâtes!

Face a cette bienveillance, nous avons aussi rencontre l’Amérique qui a peur, qui vit dans la méfiance de son prochain. Parmi les exemples frappants, il me vient en tête cette rencontre presque irréelle avec un homme en banlieue de Boston qui sortait le jour même de quatre années de prison. Il nous recommandait de faire bien attention parce qu’il y a beaucoup de personnes mal intentionnées dans les environs. Lui? Ça ne compte pas voyons, il n’avait fait que battre violemment un agresseur présumé d’enfant. Pas un vrai criminel en soit.

Bienveillante et appeurée, tel est la perception incomplète que nous avons des Etats-Unis après cette première semaine.

Prochaine étape New-York. Nous avions d’abord songé à contourner la Big Apple mais sa présence est trop importante, l’attraction trop forte. Nous devrions y être d’ici trois jours.

Tout s’enchaîne à la vitesse grand V présentement. De mon retour de Paris lundi jusqu’à ce soir, veille de notre départ, j’ai l’impression que tout déboule trop vite. J’ai peine à croire que nous partons demain à l’aventure. Je ne réalise d’ailleurs pas encore tout à fait que je suis de retour de Paris…

Nos plans de voyage ont fluctué tout au long de la semaine avant que nous arrêtions un tracé final. Suite au désistement de Philippe pour des raisons personnelles, Ludovic et moi avons décidé de revoir quelque peu l’itinéraire.

Le plan initial de partir de Montréal pour se rendre à San Francisco (environ 6000 km) nous semblait impossible  à réaliser en seulement six semaines. En excluant les jours de repos et de visites, nous estimons pédaler entre 30 et 32 jours.  Nous avons donc revu les plans pour viser un itinéraire plus raisonnable d’environ 4000 km, soit des moyennes de 130 km de vélo par jour.

Après avoir retourné la carte des États-unis dans tous les sens et considéré des facteurs tels les vents dominants et les températures extrêmes dans le sud du pays, nous nous sommes finalement entendus sur un tracé. Celui-ci relie Montréal à Miami en Floride en passant par plusieurs grandes villes de la côte est des États-unis.

La première étape nous mènera de Montréal à Boston en passant pour la Montérégie, le Vermont, le New Hampshire et le Massachsetts. Nous espérons arriver à Boston d’ici samedi prochain au plus tard.

Le temps annoncé pour les prochains jours est gris et pluvieux. Le moral et l’imperméabilité du matériel seront donc mis à l’épreuve. Nous escomptons tout de même un retour du balancier au bout du trajet. Les températures suffocantes et le soleil de plomb seront sûrement au rendez-vous en Floride au mois d’août!

Si vous avez des conseils sur les endroits ou routes à ne pas manquer ou encore si vous connaissez des gens accueillants sur la côte est des Etats-Unis qui ont un petit coin de verdure dans leurs cours arrières pour accueillir la tente de deux cyclistes itinérants l’espace d’une nuit, ne vous gênez pas pour nous écrire. Les voyages sont toujours propices aux rencontres.

Là-dessus, nous levons les amarres. Gardez-nous au courant de ce qui se passe chez vous, cela fait toujours plaisir d’avoir un peu de nouvelles pendant le voyage. Nous tâcherons de vous faire un résumé de cette première semaine de voyage une fois arrivés à Boston.